Un jour, le Comte Sigefroi, chassant dans les environs du Bock aperçut sur les ruines du castel romain une femme belle comme une déesse qui chantait comme une sirène ; c'était Mélusine, la nymphe de l'Alzette.

 Il l'approcha, le cœur palpitant. Mais la belle vierge baissa son voile vert et disparut avec les derniers rayons du jour.

 La belle apparition hantait sans cesse l'esprit de Sigefroi. Le beau chevalier plaisait du reste à la belle nymphe ; elle se départit peu à peu de sa réserve hautaine et Sigefroi put un jour oser lui avouer son amour. Il fut agrée, mais la fée de l'Alzette ne se donna à lui qu'à la condition de pouvoir se retirer librement tous les samedis dans sa chambre sans avoir à craindre d'être surprise par son époux.

 Pendant de longues années, le comte Sigefroi laissa sa femme sans chercher à pénétrer les motifs de son étrange conduite. Mais le jour vint où le soupçon et la curiosité se glissèrent dans son âme. Ne pouvant tenir contre le désir de surprendre sa femme, le comte se rendit le samedi suivant à la chambre où Mélusine avait coutume de se retirer et regarda par le trou de la serrure.

Que vit-il ? La belle Mélusine nageant dans les ondes d'azur, sa chevelure d'or tombant éparse sur ses épaules d'ivoire ; mais ce beau corps merveilleusement proportionné se terminait en une longue et abominable queue de poisson.

 Le comte poussa un cri d'horreur, au même instant la belle nymphe disparut en s'abîmant dans les profondeurs du rocher.

 Elle y attend sa délivrance jusqu'à ce jour.

Tous les sept ans, elle apparaît à la surface de la terre, une clef dans la bouche. Celui qui enlèvera cette clef de ses dents délivrera la belle fée, l'aïeule de la maison de Luxembourg.

 Mélusine travaille à une chemise de lin.

Tous les sept ans, elle donne un seul coup d'aiguille, mais si l'ouvrage est terminé avant qu'elle soit délivrée, l'abîme s'ouvrira pour engloutir avec des fracas de tonnerre, le Bock et la ville de Luxembourg.

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