LE CIRQUE "RALUY" DE RETOUR À LA RÉUNION
En piste !

Pour la sixième fois de son histoire, et après cinq ans et demi d'absence,
la grande famille du cirque "Raluy" est de retour à la Réunion. Au programme :
quatre mois de féerie non-stop, pour petits et grands, au plus près de la
tradition. Lever de rideau : vendredi.
Un cirque, en pleine séance de
montage, c'est un peu la tour de Babel. On y parle un volapük où se côtoient
toutes les langues, au grés des recrutement : espagnol, anglais, français,
russe, polonais, allemand et même chinois "Chaque pays a ses spécialités. Les
Français, par exemple, sont très bons en dressage d'animaux. Les Russes sont
forts pour autre chose C'est pourquoi un cirque complet ne peut être
qu'international". Et justement, digne représentant de ce petit monde
cosmopolite, Carlos Raluy, le directeur de l'établissement, la cinquantaine
élégante et petite moustache hispanique de rigueur, s'exprime dans un français
impeccable. Débonnaire, assis à l'ombre d'une caravane en bois à l'ancienne,
deux lignes téléphonique à portée de main, notre homme gère en douceur sa
sixième installation à la Réunion.
UNE AFFAIRE DE
FAMILLE
Car le Cirque Raluy, c'est d'abord une affaire de famille,
doublé d'un coup de cur pour la Réunion. Famille parce que c'est le papa de
Carlos qui a fait venir le premier cirque de dimension internationale à la
Réunion. C'était en 1961. Depuis lors, pratiquement tous les cinq ans, la
Réunion fait figure de passage quasi obligé pour la troupe espagnole, une des
plus réputées du pays. Une troupe qui, à chaque séjour, se félicite de retrouver
les vieux amis d'antan, toujours fidèles au poste.
Une affaire de famille
aussi parce que Carlos arrive, bien sûr, avec son frère Luis, sa femme et ses
enfants, tous tombés naturellement dans le cirque quand ils étaient petits.
"J'ai eu une enfance itinérante, je changeais d'école tout le temps et,
parallèlement, mon papa m'apprenait le métier : numéros d'acrobatie sur barre
fixe, numéros de clown Il m'a appris aussi à jouer de plusieurs instruments. Mes
enfants font la même chose. Ils sont la troisième génération de Raluy à
travailler dans le cirque. Même mon frère, Luis, travaille avec nous, alors que
c'est un mathématicien de haut niveau qui écrit des livres savants et se fait
inviter dans les colloques internationaux. Mais ça n'a rien d'étonnant. Je
connais des artistes qui sont ingénieurs et qui on laissé tomber leur métier
pour se lancer dans l'univers du cirque et des voyages, histoire de voir comment
ça se passe ailleurs, dans le monde"
Autour de l'embryon familial, une
quarantaine de personnes - artistes, techniciens, monteurs - de nationalités
variées, ont fait le déplacement, avec une bonne centaine de tonnes de matériel
(animaux compris) dans leur - très grandes - valises.
UN ARTISANAT À
L'ANCIENNE
En Espagne, où l'équipe a planté son camp de base entre
deux tournées internationales, le personnel est deux fois plus nombreux.
"Là-bas, quand on se déplace, cela fait un convoi de près d'1,5 km. On bloque la
moitié de l'Espagne". Inimaginable à la Réunion qui a déjà assez de tracas comme
ça avec ses voies de circulation en forme d'entonnoir. D'autant qu'un
déplacement dans "l'Ile Intense", même si cela ravit toujours la famille Raluy,
cela coûte aussi très cher. "Comme ce n'est pas tous les jours qu'un cirque
débarque ici, on fera des entrées qui équilibreront l'investissement. Mais le
but en venant ici n'est pas de gagner de l'argent, on sera déjà heureux si on
n'en perd pas. En fait, c'est surtout l'occasion de revoir des amis, visiter le
pays pour ceux qui ne le connaissent pas encore, tout en gagnant notre vie".
Pour équilibrer les comptes, la troupe n'a donc fait venir que le personnel
strictement indispensable, le reste - manuvres, colleurs d'affiches- étant
recruté sur place. Des jeunes, beaucoup, et des habitués, comme Jean-Pierre, de
Saint-François, et qui n'a jamais raté une arrivée du cirque Raluy dans la
région. "J'ai toujours adoré le cirque et j'aime beaucoup Monsieur Carlos. J'ai
connu son papa quand il est venu pour la première fois à la Réunion".
Jean-Pierre a d'ailleurs tellement bien intégré l'équipe qu'à chaque fois que
les Raluy plient bagages et reprennent l'avion il verse sa petite
larme.
Normal, car le cirque Raluy, c'est tout un état d'esprit, fait de
proximité et de respect de la tradition. Un artisanat à l'ancienne - avec ses
magnifiques roulottes en bois datant des années 30 - davantage qu'une industrie
du spectacle. "Quand on rentre dans l'enceinte, on doit avoir l'impression de
pénétrer dans un monde disparu qui reviendrait intact sous nos yeux, comme si
les ans n'étaient pas passés par là".
Un respect du spectateur qui lui a
d'ailleurs valu d'être décoré et subventionné par le ministère espagnol de
l'Education et de la Culture. Une première en territoire hispanique. "Le
chapiteau est d'une taille moyenne pour que le public ne soit pas serré et
puisse bien profiter du spectacle. On ne propose pas non plus de boissons ou
friandises durant les numéros pour ne pas casser la magie, la poésie et la bonne
humeur. Comme Chaplin, on veut arriver à faire rire et émouvoir à la fois.
D'ailleurs, il n'est pas rare de voir les gens pleurer en sortant du
spectacle."
Pas question, bien sûr, de dévoiler ici ce qui sera proposé au
public. La surprise fait partie du plaisir. Sachez seulement que tout le
cocktail magique du cirque tel qu'on l'imagine sera présent, avec sa cohorte
d'acrobates, de jongleurs, de trapézistes, d'équilibristes, de dresseurs
d'animaux (cheval, singes, chats, caniches et même des perroquets !) et, bien
sûr, pour terminer le show en beauté les clowns ! Celui avec le nez rouge qui
fait toujours "Oh lala lala!!!", et Auguste, le clown blanc au chapeau pointu
qui fait pleurer les petits enfants. Tout est là, donc. Rien ne manque. Premier
lever de rideau : vendredi, à 20h45. En piste !
Ph.
H.