LE CONSERVATOIRE VIVANT DES MASCAREIGNES, UNE ASSOCIATION METROPOLITAINE, A PEAUFINÉ SON PROJET

Une issue pour le zoo du Chaudron?

Il y a quelques semaines, les responsables du zoo s'inquiétaient pour son avenir. Accueillant des milliers de petits et de grands sans autorisation officielle, la municipalité avait même envisagé sa fermeture pure et simple. Aujourd'hui, la situation semble évoluer. La commission de sécurité est (enfin) passée et les contacts ont repris avec l'association métropolitaine du Conservatoire vivant des Mascareignes. Son projet? Un centre d'étude et de conservation des espèces menacées.

Si aujourd'hui la question de la fermeture éventuelle du zoo municipal du Chaudron semble s'éloigner, il n'empêche que le problème reste entier. Plus assez grand et mal adapté, le zoo du Chaudron a besoin d'une bonne cure de jouvence. Il y a plus d'un mois, Stéphane Boullay, directeur du zoo, n'avait pas hésité à élever la voix : "Depuis 20 ans, le zoo ne bénéficie pas d'autorisation d'ouverture!" Du côté de la mairie, on préférait jouer la carte du "risque zéro" en prônant la fermeture. Même son de cloche du côté des associations de protection des animaux qui, le 20 avril dernier, signaient un courrier commun préconisant "la fermeture du parc de Saint-Denis, dont les conditions d'accueil ne sont pas satisfaisantes pour les animaux". La levée de boucliers qui avait démarré peu de temps après le suicide du vieux chimpanzé Charlie s'était donc radicalisée. Aujourd'hui, il semblerait que les esprits se soient (temporairement) calmés.
Le 31 mai dernier, la commission de sécurité dépêchée par la préfecture venait enfin vérifier l'ensemble des structures du zoo. "A part quelques petites remarques sur des panneaux à mettre et des accès à sécuriser, elle n'a rien trouvé à redire", explique Stéphane Boullay. De son côté, une commission d'experts en structures métalliques doit aussi visiter les lieux. Mais ce déblocage soudain ne doit pas faire oublier la réalité. Pour l'heure, seuls deux enclos sont véritablement aux normes. Le reste du parc, qui s'étend sur 2,5ha et fonctionne avec dix-sept employés municipaux et quatre salariés de l'association, fait triste mine. Sans pourtant mettre en péril la santé des animaux. Les visites régulières de la DSV (Direction des services vétérinaires) le confirment.

UN RELAIS REUNIONNAIS?

Le comité de gestion et la direction du zoo veulent maintenant pouvoir travailler dans la normalité. "Il va falloir s'attacher à faire cette fameuse demande d'ouverture", insiste le directeur. Une régularisation qui nécessite des travaux. Lourds. Alors d'autres voix s'élèvent. Celle d'une délocalisation par exemple. Reste à trouver l'endroit idoine et une municipalité ou un organisme institutionnel prêt à en assurer la gestion. Pas évident. Depuis quelques mois, une autre piste se dessine. En filigrane.
Le "Conservatoire vivant des Mascareignes", une association parisienne qui regroupe une douzaine de spécialistes de l'océan Indien (des scientifiques, des chercheurs, l'administrateur de WWF, directeurs de zoo, etc), envisage en effet de monter un projet au niveau de la Réunion. "On essaye de sauver ce qu'on peut". Une idée qui est partie d'un constat. C'était il y a près de trois ans. Concrètement, le conservatoire vivant des Mascareignes veut protéger les espèces des zones dégradées de l'océan Indien. "Ça concerne Maurice, où la situation est catastrophique, et toutes les îles de la région. La Réunion, par l'intermédiaire de son zoo municipal, pourrait être un relais de façon très astucieuse", explique Marc Crémades, membre du Conservatoire et responsable d'un élevage en Normandie (il travaille actuellement avec le réalisateur du film "Microcosmos" sur un nouveau long-métrage). "Aujourd'hui, le parc zoologique est perçu comme ceux des années 50. Il abrite des animaux dont on ne sait plus quoi faire", poursuit Marc Crémades. "Notre idée? Faire jouer à ce zoo son rôle sur la faune régionale. La Réunion est au cur d'une zone très riche. Or quand on regarde les programmes de ce zoo, ils sont très loin de ces intérêts régionaux. Il faut donc en recibler les objectifs".
Dans les faits, l'association propose de "transformer le parc zoologique et de faire en sorte qu'il soit exclusivement composé d'espèces pédagogiques. Mais pas question de fermer le parc. Ce serait une catastrophe sociale". Un projet de même type a déjà vu le jour à Mayotte. "Un centre à la Réunion serait la clé de voûte", assure Marc Cremades.
Reste à trouver un terrain adéquat. Au début de l'étude, des contacts avaient été pris avec la municipalité de Sainte-Marie. "Mais l'étendue n'avait pas été complètement fixée". Là, le terrain "serait utilisé pour construire un centre d'étude et de conservation des espèces de la faune menacée dans le sud-ouest de l'océan Indien. Il n'y aura pas d'éléphant ni de girafe. Nous voulons faire connaître la faune précieuse et très rare de la zone. Ce ne sera pas un parc zoologique classique". A terme, 20 à 50 espèces pourraient être représentées "dans des enclos rationnellement étanches". Marc Cremades insiste : "Tout est pensé pour réaliser une étude très proche du milieu naturel et du travail de la reproduction. Des étudiants et des chercheurs pourraient y étudier les sciences du comportement".
Avec quels financements? "Nous avons des partenaires privés et nous travaillerions avec les parcs zoologiques mondiaux". A priori, l'association ne s'engage pas à la légère. "Une étude de marché assez précise a été réalisée. C'est un projet viable. C'est peut-être un concept un peu nouveau pour les Français mais il existe depuis déjà une quinzaine d'années dans plusieurs autres pays européens", explique Marc Crémades qui espère pouvoir se rapprocher des associations réunionnaises de protection des animaux.
Reste à convaincre les politiques sur l'utilité du projet. L'association a, à plusieurs reprises contacté la municipalité dionysienne. Sans résultat probant. "On n'a toujours pas en de réponse. Donc on insiste un peu". Du côté de la mairie de Saint-Denis, il semble pourtant que le projet ne laisse pas indifférent. "C'est une piste qui aurait de fortes chances d'aboutir", explique Martine Sueur, adjointe à la municipalité de Saint-Denis et présidente du comité de gestion du zoo municipal.
En novembre prochain, Jean-Jacques Peters, administrateur de WWF, membre du conseil scientifique de l'IFREMER et membre de l'association sera présent sur l'île pour "redéfinir le projet de ce centre et présenter celui de Mayotte". En espérant convaincre. Pour commencer à travailler.
Vanina Le Gall
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Le zoo, un véritable outil pédagogique

Faire découvrir aux enfants les animaux et leur univers. Voilà l'objectif que s'est fixé le zoo du Chaudron en montant une action pédagogique avec le Rectorat. C'était en 1994. Depuis 1997 s'y sont ajoutées des actions ponctuelles avec les écoles des Badamiers et de Prima, installées dans le voisinage et jumelées avec le parc animalier. Régulièrement les enfants y viennent à la rencontre des animaux et, à partir de là, dessinent, montent des expositions, créent des mini-livres, etc. Un concours de cartes postales a également été organisé il y a quelques semaines. De nombreux établissements primaires dionysiens viennent fréquemment rendre une petite visite aux aras et autres poneys. Gratuitement. "Il y a une vraie pédagogie", explique Thierry Houry, responsable des différentes animations qui ont accueilli 7 000 enfants en 1998. Du côté de l'IMP de la Providence, on a mis en place tout un travail sur le végétal. Et l'hôpital de jour vient aussi régulièrement rendre une petite visite aux animaux.
Un travail de longue haleine que les rumeurs de fermeture auraient pu menacer. Alors on reste vigilant. Astrid Puissant, membre de l'association "Droit de cité" vient d'ailleurs de créer une "Alliance pour la sauvegarde des animaux du parc zoologique de Saint-Denis" et a lancé une "Action " pour les plus jeunes. Histoire de ne pas tout perdre

 29 mars 2000