L'HISTOIRE de la TORTUE de BOURBON

INTRODUCTION
L'HOMME DECOUVRE LA TORTUE
L'HOMME POUR et CONTRE la TORTUE
LA FIN de laTORTUE
RECAPITULATION CHRONOLOGIQUE
LA TORTUE et laSCIENCE

Cette histoire de la tortue est le fruit d'un long travail élaboré par Roger BOUR, chercheur au CNRS et spécialiste des reptiles au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, travail exposé en Septembre 1980 à l'Académie des Sciences de la Réunion.

INTRODUCTION

Chacune des îles Mascareignes (La Réunion, Maurice, Rodrigues) possédaient une ou deux espèces de tortues terrestres qui lui étaient propres. Ces tortues appartiennent un genre particulier, Cylindrapis, dont on n'a pas pu encore préciser les affinités et qui a été entièrement exterminé. L'espèce de la Réunion, Cylindrapis borbonica, n'a été décrite que récemment et demeure mal connue, car ses vestiges rarissimes. Par contre, l'abondance de documents historiques permet de mieux comprendre certaines circonstances de sa funeste cohabitation avec l'Homme, et de suivre une agonie qui s'étendit sur plus de deux siècles.

L'HOMME DECOUVRE LA TORTUE

Le 24 décembre 1611 l'amiral hollandais Pieter Wilhem VERHOOVEN, à bord du Middelburg, passe à proximité de notre île.
Le journal de bord nous apprend que:
«cette île n'est pas habitée, mais on peut s'y procurer des vivres, des tortues, les poissons et les oiseaux y étant très abondants
Ainsi commence, après une longue préhistoire, l'histoire de la tortue terrestre de Bourbon (ancien nom de l'île de la Réunion), qui n'était encore que la tortue Mascarin. Comme le navire n'aborde pas, on peut en conclure que la réputation de la plus grande des Mascareignes comme lieu éventuel de rafraîchissement était déjà faîte. Les Portugais, qui la découvrirent en août 1500, ne paraissent guère s'y être intéressés, ou du moins se sont-ils montrés fort discret à propos de ses ressources. « Vivres », c'est ce que la tortue va désormais représenter pour l'Homme pendant plus de deux siècles, comme ses congénères de Maurice et de Rodrigues, jusqu'à son extinction définitive. Mais avant d'éxaminer les circonstances de cette agonie, nous allons d'abord essayer de faire revivre, pour quelques instants, cette tortue, à partir des témoignages des contemporains de son existence. Avertissement : certaines des citations suivantes sont en français de l'époque.

Grosseur, poids. Le premier caractère qui a frappé les navigateurs est la grosseur de l'animal :
«Nous y avons trouvé un nombre sonsidérable de grandes tortues terrestres, aussi grosses qu'un homme peut porter, et qui étaient un excellent manger(CASTELLON, 1613)
«Huit tortues de terre dont la moindre pesait plus de cent livres. » ( journal de bord du Le Navarre 1671)
« Une de ces tortues porte un homme sur son dos, et c'est tout ce qu'un homme peut faire que d'en porter une. » (DUBOIS 1672).
Les plus grandes tortues pesaient donc plus d'une cinquante de kilos.

Longueur. D'autres indications permettent d'en estimer la longueur (le pied mesure environ 33cm, l'empan 23cm) :
« Elles ont deux à trois pieds de long, un pied et demi de large ou environ et plus qu'un pied d'épaisseur. » (DUBOIS 1672)
« Elles mesures jusqu'à 10 ou 12 empan de tour. » (G.BORGHESI, 1703).
La carapace est donc large et plate, longue de 60 à 90 cm.

Aspect. Nous n'avons que peu de renseignements sur l'apparence de ces tortues :
« Elles ont le coup long et la tête faite comme les tortues d'Europe ; une grosse queue de quatre pieds. » (DUBOIS, 1671)
« Elles ont quatre pattes élevées d'un pied de terre. » ( CARPEAU du SAUSSAY, 1666)
Nous savons maintenant que les Tortues des Mascareignes avaient effectivement un grand cou, de longues pattes, que la queue des mâles était relativement longue, et qu'elles étaient légères par rapport à leurs dimensions. Par comparaison une Tortue adulte mâle d'Aldabra (île des Seychelles) peut mesurer 130 cm et peser 230 kg.

Abondance. Ces observateurs ont également été étonnés par l'abondance de ces animaux, même dans des lieux d'accès difficile :
« Il y a quantité de tortues de terre, et ce qui surprend, c'est que l'on trouve de ces tortues sur des montagnes où les hommes ne peuvent arriver qu'avec beaucoup de peine et avec grand risque. » (F.MARTIN, 1665)
«Les tortues de terre y sont si communes que ceux qui marchaient avec le plus d'empressement sont souvent obligés de s'arrêter par leur rencontre nombreuse et fréquente » (DELLON, 1671)
« Elles sont en si grande quantité par tous les endroits de l'île qu'une personne peut en tuer en un jour douze cents, ou pour mieux dire, autant qu'elle voudra. » (de LESPINAY, 1671).

Reproduction, croissance. Une particularité bien connue des tortues terrestre est leur longévité associée à une croissance lente ; les premiers visiteurs de Bourbon ne l'ignoraient pas comme ils savaient leur façon de se reproduire :
« Elles ont un temps pendant lequel elles font leur ponte, mais c'est le soleil qui couve leurs œufs... Les habitants ont remarqués que pendant plusieurs années on a de la peine à connaître si elles ont grossi.... On prétend qu'une tortue peut vivre jusqu'à 300 ans, mais comme il n'y a pas longtemps qu'on habite cette île, on n'en peut donner aucune certitude. » (LUILLIER, 1703)

Alimentation. Les renseignements dont on dispose sur la nourriture des tortues sont bien minces.
A bord des navires, certaines ne mangeaient « qu'un peu de pommes de palmiers ou lataniers, sans boire » (DUROT, 1705)
Le gouverneur de VILLERS, se rendant à la Plaine des Cafres (hauts de l'île à 1800 m d'altitude), observa :
« Le terrain est bon et uni jusqu'à une lieue et demie en deçà de la plaine, garni de beaux et grands arbres dont les feuilles qui en tombent servent de nourriture aux tortues que l'on trouve en grand nombre » (LA ROQUE, 1709).
La plupart des témoignages montrent que les Tortues étaient végétariennes, mais il est possible que certaines d'ente elles fussent, au moins partiellement carnivores.

Particularités éthologiques. Deux observateurs attentifs ont transmis des données originales sur le comportement des Tortues.
« Les oiseaux, tortues et autres animaux, deux ou trois jours auparavant, par un instinct sentant le mauvais temps (cyclone), se retirent dans des rochers ou cavernes d'où ils ne sortent point que le mauvais temps ne soit passé » (de LESPINAY, 1671)
Cette singulière réaction permet d'expliquer la présence, et même l'abondance d'ossements dans certaines grottes.
« Une chose assez digne de remarques est qu'elles sont chaque année quatre mois sans boire ni manger, et que pendant les huit autres elles font leur ponte et prennent de quoi se sustenter pour les quatre autres mois. » (LUILLIER, 1703)
Cette particularité sera l'une des causes de leur extinction.

L'HOMME POUR ET CONTRE LA TORTUE

Nous avons ainsi une image de la tortue de Bourbon (La Réunion) dans son île jusqu'à l'arrivée de l'homme. Ce dernier ne voit dans la Tortue qu'un aliment. D'abord embarqué à bord des navires, elle va être littéralement massacrée lorsque les premiers colons s'installent.

Embarquement. Voyageurs et livres de bord sont précis :
« le vaisseaunous appretâmes les voiles, on fit provision d'eau, on envoya le trompette à terre, qui ramassa nos gens, et on mit environ cent tortues dans » (W.Y BONTEKOE, 1619)
« Le gouverneur donna ordre à ses gens qu'on allât chercher 200 tortues qu'on apporta le lendemain au soir » (LUILLIER, 1703)
La tortue présente un rare avantage : elle peut rester longtemps en vie, avec peu ou pas de nourriture ; plusieurs parvinrent même en Europe (le voyage durait alors de 4 à 6 mois).
« En étaient restées de vivantes dans nos vaisseaux plus de trois mois après notre départ de cette île, quoiqu'elles ne mangeassent point qu'un peu de pommes de palmiers ou lataniers, sans boire » (DUROT, 1705)

Tortues à six livres. Ces prélèvements sont somme toute justifiés, les chambres frigorifiques n'existant point à l'époque.
Les tortues devant être réservées aux besoins des navires, la Compagnie des Indes tient à avoir le monopole du commerce de ces reptiles.
L'idée en revient au gouverneur G.HEBERT qui suggéra, dans son rapport à la Compagnie en 1708 :
« Il m'était venu une pensée, qui était d'en faire un commerce pour la Compagnie, à deux Ecus la pièce. Voyez s'il vous plait si cela sera de votre goust et donnez des ordres en conséquence ; mais jusqu'à ce temps là j'en deffendray la Traitte absolument... » (Un écu vaut trois livres, une livre vingt sols, un sol douze deniers)

La Tortue parmi les premiers habitants. Quant aux rapports directs entre les premiers habitants de Bourbon et la Tortue, voici ce que nous disent certains témoins :
« Ces gens s'y établirent et vécurent pendant quelques années de tortues de terre et de mer, de poisson et de gibier. » (de LA BARDINNAIS, 1717)
« La tortue, qui est l'aliment le plus ordinaire des insulaires » (MAILLARD de TOURNON, 1703)
En fait, la Tortue est pour un temps un véritable animal domestique :
« A Saint-Paul... la maison du curé est composé de trois pièces de plein pied. Ce corps de logis est séparé de la cuisine et galetas aux poules, canards et tortues » (DUROT, 1703).

Opinions gastronomiques. Voici les avis qui nous sont parvenus ;
le foie faisait l'unanimité.
« Entre autre le foie en est excellent. L'huile en est aussi admirable à fricasser toute sorte de choses. » (CARPEAU du SAUSSAY, 1666)
« La chair est rouge et succulente. Le foie et les autres intestins peuvent servir aux tables les plus délicates. » (RP GAUBIL, 1721)

Usage médical. La Tortue, par son huile en particulier, a d'autres usages :
« Elle (l'huile) a outre cela de merveilleuses propriétés pour les douleurs : nos chirurgiens en ont fait souvent des expériences très heureuses. » (CARPEAU du SAUSSAY, 1666).
« Cette huile est merveilleuse pour frotter les membres affligés ; je m'en suis servi dans ma paralysie et m'en suis bien trouvé. » (DUBOIS, 1672)
« On attribue plusieurs propriétés à la tortue de terre, entre autre celle de purifier la masse du sang, et de guérir certaines maladies fâcheuses dont les chirurgiens se sont attribués la cure. » (de LA BARDINAIS, 1717)

Massacres et gaspillage. Peut-être par lassitude l'Homme se montre bien vite déraisonnable :
« Autrefois il y en avait une si grande quantité qu'elles incommodaient les gens dans leurs habitations. Ils étaient obligez de les tuer et de les donner à manger à leurs cochons. » (G.HERBERT, 1708)
Quant aux rats, ils envahirent la Réunion vers 1675 ; il est probable qu'ils jouèrent également un rôle dans la régression des tortues, en s'attaquant aux œufs et aux jeunes, comme ils le font encore aujourd'hui aux îles Galapagos.
Mais la relation la plus impressionnante est la suivante :
« Il faut abattre de quatre à cinq cents tortues pour obtenir une demi-barrique de graisse et de trente à quarante pour en avoir une demi-pinte. Voici comment ils (les colons) procédèrent : armés de petites haches fabriquées pour la circonstance, ils font une entaille d'un pouce carré juste au milieu de la carapace, ils y fourrent le doigt pour se rendre compte si la tortue est grasse ou non, il leur arrive souvent d'en essayer ainsi une cinquantaine avant d'en trouver une à leur convenance ; inutile d'ajouter que ces pauvres bêtes ainsi mutilées ne sauraient en réchapper. » (H.HUGO, 1673)

Protection de la Tortue. C'est très tôt qu'à Bourbon les autorités tentent de s'opposer à ce gaspillage.
Ainsi en 1671 :
« Et comme les matelots et autres, contre les défenses qui leur avaient été faîtes de ne point aller à la chasse ni de tuer les tortues ne laissaient de passer outre, Monsieur l'Amiral fit faire des défenses, signées de sa main... Il en fit faire lecture tout haut en présence des officiers et de l'équipage... et afficher au grand mât. » (du TREMBLAY, 1671)
L'Amiral donne ses raisons dans le journal de bord du Navarre :
« Il faut laisser établir cette défense puisque c'est le seul avantage que l'on puisse retirer pour le service du roi et pour ôter la fainéantise aux habitants et les faire travailler chez eux au lieu d'aller à la chasse tous les jours et rester des fainéants à ne point nourrir les bestiaux pour eux ni cultiver des terres. »
Le but poursuivi est donc double : réserver la Tortue aux navires, inciter les habitants à élever et à cultiver. Mais malgré ces interdits appliqués avec plus ou moins de rigueur les habitants continuent de chasser la tortue.

LA FIN DE LA TORTUE

Autrefois. C'est très tôt que les observateurs constatent le recul de la tortue :
« Autrefois il y avait des tortues de terre par toute l'île, mais les habitants les ayant détruites ils sont obligés de les aller chercher bien loin .... » (G.HOUSSAYE, 1690)
« Autrefois il y en avait une si grande quantité qu'elles incommodaient tous les habitants dans leurs habitations... Aujourd'huy il commence à en avoir disette, et au dire des habitants il n'y en reste pas pour 4 ans. » (G.HERBERT, 1708)
La raréfaction des tortues dans les régions habitées ou accessibles de l'île fit que l'on partit chercher celle de Rodrigues pour approvisionner les bateaux, nous sommes en 1721.

La Tortue de Bourbon après 1728. En 1732 l'histoire de la tortue semble s'être achevée :
« Il n'y a dans l'isle Bourbon ny singes, ny cerfs, ny tortues présentement, parcequ'on a fait de ces derniers animaux un carnage horrible et qu'on les a détruits, quoiqu'ils fussent en très grande quantité. » (J.F CHARPENTIER de COSSIGNY).
Pourtant elles vivent encore, ce n'est qu'un siècle plus tard qu'elles s'éteindront définitivement ; leur histoire se lit maintenant en filigrane.
Trois tortues de Bourbon parvenues vivantes en France sont mentionnées, en 1729 et 1737, dans les « Mémoires de l'Académie Royale des Sciences »
BERNARDIN de SAINT-PIERRE passe, en 1770, un mois à Bourbon. Il remarque :
« Quelques uns parmi les anciens habitants mettaient leur argent dans une écaille de tortue au dessus de leur porte »
En 1868 Auguste VINSON nous apprend :
« Quelques tortues ont encore été rencontrées vers la fin du siècle dernier (XVIIIème) entre les montagnes qui séparent la ville de Saint-Denis du quartier de Saint-Paul. La dernière de toutes a été vue à Cilaos il y a quelques années seulement. »
Enfin en 1898 et 1902, HERMANN et MAC AULIFFE précisent :
« Ces innombrables tortues de terre, souvent accompagnés de leurs poulets (petits), agiles, à longues pattes, qu'un viel habitant, M. Ambroise ROCHEFEUILLE, le dernier peut-être de nos contemporains à les avoir vues, me représentait, grimpant le rempart et les arbres penchés... Ces grosses tortues s'appelaient carosses... Le cirque de Cilaos, si bien défendu par les hautes montagnes qui l'entourent et couvertes de forêts, fut certainement l'un des endroits où ces animaux, fuyant leur plus cruel ennemi, vinrent chercher un dernier refuge. » témoignage que l'on date de l'époque entre 1832 et 1845 quand le premier sentier permettant d'accéder à Cilaos fut tracé.

Récapitulation chronologique.

1666 : on trouve des tortues à ST-PAUL (premier lieu de peuplement), l'île Bourbon a environ 20 habitants.
1689 : il faut aller à la POSSESION ou à Boucan canot pour voir des tortues. Bourbon à 314 hab.
1708 : il faut aller jusqu'à ST-GILLES. Bourbon à 894 hab. 1717 : Il faut aller à ST-LEU. Bourbon à 1 200 hab.
Vers 1732 : la Tortue disparaît du littoral habité (ST-PIERRE) Bourbon à 8 200 hab.
Vers 1777 : elle disparaît complètement du littoral (ST-PHILIPPE) Bourbon à 37.000 hab.
Vers 1840 : la tortue de Bourbon s'éteint complètement : L'île compte 104.000 hab

LA TORTUE ET LA SCIENCE

La tortue et les savants . La Compagnie Orientale des Indes (1664-1767) s'est exclusivement intéressés à la tortue de Bourbon comme réserve de viande fraîche pour ses navires.
Pourtant, le 17 novembre 1665, COLBERT, l'un des fondateurs de cette Compagnie, écrivait les instructions suivantes au marquis LOPIS de MONTDEVERGUE, vice-roy des Indes et administrateur des mers par delà l'Equateur.
« Il y a une grande quantité de tortues d'une extraordinaire grandeur dans la dite île de Bourbon. Ceux qui y seront observeront d'en garder les écailles, en cas qu'elles se trouvent propres pour la France, auquel cas ils en mettront sur les premiers vaisseaux qui y feront leur retour, pour les envoyer en France, et quelques unes des dites tortues en vie, en cas que cela puisse se faire. »
Ce marquis, lors de son retour en France en 1671 sur la Marie, amena avec lui :
« Six tortues qu'il ne s'est jamais rien vu de si curieux ny de sy remarquable. »
Et Charles PERRAULT disséquait, puis décrivait et dessinait, en 1676, une Tortue arrivée vivante des « Indes », en réalité de Bourbon : il remarquait notamment la grande queue armée d'un étui corné et le bec dentelé, caractéristique du genre Cylindrapis.
En 1737, dans les « Mémoires de l'Académie Royale des Sciences », apparaît la description de la tête d'une tortue de Bourbon, description accompagnée de gravures.
Mais à cette époque, la systématique zoologique n'existe pas, LINNE n'est encore qu'un botaniste, toutes les tortues sont semblables : on ne distingue, à la rigueur, que des variétés géographiques. Pendant un siècle encore les grandes tortues terrestres insulaires seront appelées Tortues des Indes. Et la tortue de Bourbon s'éteindra dans l'indifférence totale, y compris de la part des savants
.

Découverte de fossiles.
L.MAILLARD découvre en 1854, au Cap La Houssaye
« ... dans une couche d'humus, un squelette dont les fragments, que nous avons rapportés, ont été reconnus comme ayant appartenu à des tortues terrestres qui auraient été enterrées dans le sol et recouvertes de plus de quatre mètres de lave. »
Cette découverte, la première à la Réunion, passa totalement inaperçue. La couche de lave du cap La Houssaye étant âgée de 200.000 à 435.000 ans, nous voyons que la « préhistoire » de cette tortue est incomparablement plus longue que son histoire.
Th.SAUZIER, émerveillé par les découvertes simultanées de 1865 d'ossements fossiles aux autres mascareignes s'adressait ainsi, en 1890, aux membres de la «Société des Sciences et des Arts de l'Ile de la Réunion » :
« Pourquoi des investigations comme celle qui ont été faîtes à Maurice et à Rodrigues n'ont pu malheureusement être encore entreprises à la réunion ?... Car il serait de la plus haute importance scientifique et historique d'y retrouver certaines espèces dont parlent leremiers voyageurs qui ont visité cette île. »
Mais les chercheurs de trésors semblent plus nombreux, sinon plus chanceux que les chercheurs d'os.
Vers 1960, E.HUGOT, en cherchant non pas de l'or, mais de l'eau, découvrit sous 2,50m de sédiments, au bord de l'Etang Saint-Paul, quelques os qu'il jugea bon d'expédier au Muséum d'Histoire Naturelle de PARIS, qui n'y prêta guère attention.
En 1974, un français B.KERVAZO et un anglais G.S. COWLES, viennent à la Réunion et entreprennent des fouilles : le premier cherche des vestiges des premiers colons, le deuxième ceux des premiers oiseaux. Tous deux découvrent ceux des tortues. Ces os furent envoyés au muséum de PARIS et confiés au chercheur Roger BOUR.
En 1980, Roger BOUR découvris de nouveaux sites fossilifères à Saint-Gilles et à Saint-Leu.

Distribution géographique.
Les témoignages anciens d'une part, la découverte de vestiges fossiles d'autre part, permettent de préciser la répartition de la Tortue dans l'île. Sa présence est limitée de façon surprenante à la moitié de l'île dite « sous le vent » (de La POSSESSION à ST-PHILIPPE, Ouest et Sud-Ouest de l'île). Aucune particularité d'ordre géologique, climatique ou biogéographique ne permet actuellement d'en expliquer la cause.
Il fallut attendre 1992 pour que commenecent véritablement les premières fouilles osteologiques à la salin les bains sous la direction de roger BOUR.

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