Accueil Lycée
Pages pédagogiques > Français > L'épistolaire

Site inscrit au

Hit-Parade

Académie de La Réunion


INTRODUCTION À LA LITTERATURE ÉPISTOLAIRE

par Daniel Viciana professeur au lycée Le Verger.
<daniel.viATlaposte.net>

La pratique épistolaire est, ou a été, la pratique d'écriture la plus utilisée et la plus universelle. Les découvertes archéologiques ont révélé des lettres vieilles de 4000 ans. Aujourd'hui tout le monde écrit, tout le monde est amené à écrire des lettres : de la lettre à caractère privé ou familial à la lettre administrative, carte postale, télégramme, chèque (avatar contemporain de la lettre de change), faire-part, vente par correspondance… Cette pratique de l'écriture est souvent la seule de la part de personnes qui n'écrivent pas et n'écrira jamais une œuvre littéraire. D'une pratique qui se situe consciemment ou non à côté de la création littéraire, est née un genre littéraire qui joue de ce paradoxe : la littérature épistolaire, une littérature qui se donne comme authentique, parce qu'elle se nie quelque part comme œuvre uniquement littéraire. D'une pratique de communication courante et relativement codée, on aboutira à des correspondances qui se veulent en même temps qu'authentiques, des œuvres littéraires, et à des œuvres de pure fiction, les romans par lettres.

PREMIÈRE PARTIE : LETTRE ET COMMUNICATION

I - DÉFINITION : LETTRE n.f. (du latin littera) :
1 - Signe graphique qui, employé seul ou combiné avec d'autres, représente, dans la langue écrite, un phonème ou un groupe de phonèmes.
2 - Ecrit que l'on adresse à quelqu'un pour lui communiquer quelque chose. v. épître, message, missive, billet, mot ; pop. bafouille.

La lettre, telle qu'elle nous intéresse ici, est ce texte qu'on échange comme mode de correspondance. Elle implique un expéditeur, un destinataire et un message.
Le message, contenu de la lettre, se présente comme un monologue de l'expéditeur (l'émetteur), qui assume seul un dialogue fictif ou différé avec le destinataire (le récepteur). C'est un genre mixte d'énonciation englobante et d'énoncé englobé. Elle commence par l'indication du lieu et du temps de l'émission et par une apostrophe (celle-ci est éventuellement marquée affectivement : cher, mon cher, ma chère).
Le plan de la lettre, quand elle n'est pas décousue, suit celui d'une conversation formaliste. Considérations sur " la pluie et le beau temps ", demande de nouvelles, de santé, créent le contact (fonction phatique) ; exposé des intentions, raisons et arguments justifiant la démarche ; bons souvenirs aux proches, vœux, formule affectueuse ou formule de politesse, annoncent la fin de la communication.

Dès l'Antiquité, la lettre devient un genre littéraire spécifique, de la correspondance (authentique ou fictive) au roman par lettres (elle permet de donner à la fiction une apparence authentique).


II - LA COMMUNICATION
Échange d'informations par le moyen d'un système de signes connus de chacun des interlocuteurs, la communication est la fonction centrale du langage. Un destinateur envoie un message à un destinataire (schéma de JAKOBSON). Pour être compris, le message suppose un contexte linguistique ou une situation extralinguistique, auquel il renvoie et un code ; enfin, il exige un contact qui permet d'établir et de maintenir la communication.
L'échange de correspondances établit bien une situation de communication. Le contenu d'un message est transmis depuis un expéditeur vers un destinataire, au moyen d'un document écrit qui établit le contact. Cette communication n'est pas immédiate, elle est différée.
La lettre donne en général le lieu et la date de la communication (lieu et date d'émission).


RÉFÉRENT
ÉMETTEUR
MESSAGE
>-------------------->
RÉCEPTEUR
CODE
CONTACT

III - STRUCTURE DE LA LETTRE
Si la correspondance à usage privé (lettre à des parents ou à des intimes) ne suit pas de norme stricte, la correspondance publique est soumise à certains usages que les correspondants s'attendent à voir respecter.
1- Identification de l'émetteur : en haut et à gauche, le nom, l'adresse, la raison sociale, le numéro de téléphone de l'expéditeur.
2- Lieu et date d'émission, en haut à droite
3- Identification du récepteur, quelques lignes en-dessous de la date, son nom (précédé de son titre éventuel), son adresse.
4- Objet du message : le contenu de la lettre est résumé en quelques mots destinés à donner une idée rapide au correspondant.
5- Formule d'appellation, au milieu de la page, le destinataire est appelé par son titre officiel.
6- Formule d'introduction : elle annonce la nature du message qui va suivre, une demande, un souhait, une prière, une information, une mise en demeure… Elle est différente selon le rapport hiérarchique qui s'établit entre l'expéditeur et le destinataire.
7- Formule de politesse, dernier paragraphe de la lettre, elle précède immédiatement la signature ; elle est souvent stéréotypée.
8- La signature, même lisible, est accompagnée du nom de l'émetteur.

DEUXIÈME PARTIE : LA LITTÉRATURE ÉPISTOLAIRE


I - LE GRAND SIÈCLE ET LA CORRESPONDANCE
Le XVII° siècle manque de moyens d'information rapides. Si La Gazette de Théophraste RENAUDOT apparaît comme l'ancêtre de la presse d'information et de distribution, comme tous les autres journaux qui vont emboîter son pas, c'est surtout une presse polémique, presse d'échos, comportant des informations littéraires et scientifiques, dont la périodicité est loin d'être assurée.
Les moyens de communication se développent, il faut cinq jours pour aller de Paris à Marseille (le temps que les lettres de Madame de Sévigné mettront pour parvenir à Madame de Grignan, près d'Aix-en-Provence). Les services de poste (fondés par Louis XI) ont fait des progrès considérables et fonctionnent de manière relativement satisfaisante, grâce à la règlementation des taxes pour le port des lettres, à l'installation des bureaux de dépêches et des billets de Port-payé (deux départs " ordinaires " par semaine de Paris vers les grandes villes, un seul vers les petites villes, des départs extraordinaires).
Le XVII° siècle est celui d'un nouvel "art de vivre" : la Cour développe ce nouvel art de vivre avec ses règles, ses codes que l '"honnête homme", cet idéal d'homme du monde et de courtisan (homme de cour), respecte. Cet art de vivre passe par un plaisir de la communication, qui devient un besoin. La conversation est devenue un art, et plus encore la correspondance : bien parler, et bien écrire, pour témoigner de manière ingénieuse et spirituelle de la vie de son temps. Car on écrit peut-être plus dans ce but, que pour échanger quelques nouvelles d'ordre strictement familial ou intime. On prend un soin extrême à rédiger ses lettres, à leur donner une valeur littéraire et artistique. Madame de SÉVIGNÉ tient sa place dans la littérature uniquement par sa correspondance. D'autres écrivains ajoutent leur correspondance à ce qui est l'essentiel de leur œuvre (le Cardinal de RETZ, LA ROCHEFOUCAULD). Paris et Versailles, la ville et la Cour, centres intellectuels, politiques, artistiques, fournissent à ces lettres l'essentiel de leurs sujets.
Cette grande vogue de la lettre littéraire procède sans doute dans une certaine mesure du désir quelque peu vaniteux de paraître, du désir d'être apprécié, de mériter des louanges pour la qualité de son style et la profondeur de ses réflexions. On a le désir d'écrire ce qui se fait et ce qui se dit dans les milieux mondains et aristocratiques. Le XVII° siècle est le grand siècle des écrivains épistoliers. La lettre ne s'adresse pas uniquement à un seul destinataire, elle est lue, et commentée, dans le cercle mondain auquel celui-ci appartient. Il s'institue dès lors tout un réseau d'échanges et de communications, de conversations plus simplement, entre les salons de Paris (Versailles) et ceux de Province. Les questions et les réponses s'y enchaînent dans une écriture soignée.
La lettre n'est plus simplement une correspondance privée, mais elle devient une création, destinée à un public. La sincérité y perd certainement, aux dépens d'exercices d'un style devenu artificiel et chargé. Si Madame de Sévigné garde encore tout un aspect de conversations intimes, la plupart des lettres qui sont aujourd'hui dans les anthologies, semblent plus s'adresser aux lecteurs anonymes (voire posthumes) qu'au destinataire.


II - DE LA LETTRE A L'ŒUVRE LITTÉRAIRE
À partir de ce moment, la frontière est parfois très mince entre la lettre réelle et la lettre fictive. Cette dernière respecte, "à la lettre" les structures de la correspondance : dates et lieux d'émission, destinataires, formules de politesse, texte écrit à la première personne. Mais le correspondant n'existe plus, ou bien, s'il existe, la lettre ne lui est pas envoyée. La correspondance de CYRANO de BERGERAC en est l'exemple significatif.
De la correspondance fictive au roman par lettres, le pas sera vite franchi. La lettre existait déjà dans le roman : la lettre de Gargantua à son fils (chapitre VIII de Pantagruel ), occasion de glisser un discours humaniste, les lettres dans L'Astrée, dans La Princesse de Clèves, destinées à faire progresser l'intrigue romanesque.
La lettre, par ses exigences formelles, introduit une autre forme d'énonciation dans l'économie romanesque : la lettre est écrite à la première personne et au présent. Le personnage écrit ce qu'il est en train de vivre, sans la distance supposée dans une narration au passé (la lettre ici peut se rapprocher du journal intime). Ce caractère immédiat fait de la lettre l'outil privilégié de la description des passions et des sentiments et se situe dans la perspective de l'ouverture des possibles narratifs. Le personnage écrit la lettre en connaissant son passé, en vivant son présent, mais en ignorant son avenir. La lettre peut mettre en valeur des faits qui perdront toute espèce d'importance. À la différence pourtant du journal intime (ou du monologue intérieur), la lettre implique un destinataire, dans le principe du dialogue différé. Donc la lettre peut aussi dire, occulter, mentir, en fonction de la personne, ou du personnage à qui elle est adressée. C'est pour autrui que le signataire écrit. Dès lors la lettre, en tant qu'œuvre littéraire, s'adresse à deux destinataires : le lecteur de la lettre, dans l'échange de correspondances, le lecteur de l'œuvre, éditée et publique.


III - LE ROMAN PAR LETTRES
L'aboutissement sera donc ce roman où tout est dit, où toute l'action est dans les lettres qu'échangent les personnages, la correspondance d'un seul expéditeur : Les Lettres d'une religieuse portugaise (1669), ou des échanges nettement plus élaborés et entrelacés : Les Liaisons dangereuses, peut-être le point d'aboutissement par l'élaboration, et dans le temps, de ce genre. Le roman par lettres s'appuie sur un désir de réalisme et se donne pour authentique ; l'auteur se présente comme l'"inventeur" ou le "traducteur" d'une correspondance qui lui est parvenue à la suite de quelque aventure, et s'il aurait changé quelques noms et lieux par respect pour des familles connues, il garantit l'authenticité des textes.

Roman à une voix
La forme première du roman par lettres est celle de la correspondance d'un seul personnage, adressée à un seul destinataire, mais sans échange. Les lettres sont bien envoyées au destinataire, mais il n'y a pas les réponses de celui-ci. Le destinataire n'existe que tant qu'il est implicitement présent dans la correspondance (Les Lettres Portugaises, 1669). Il peut y avoir des réponses, mais qui ne sont pas éditées : le lecteur ne connaît ces réponses que par le jeu des lettres de l'expéditeur d'origine, et il est sollicité dans une reconstitution des lettres manquantes à partir des informations forcément subjectives, données dans les lettres éditées.

Roman à deux voix
La forme est plus rare. C'est une correspondance entre deux personnages. Le dialogue est établi, et fonctionne : échange d'informations, questions, réponses, suivi des lettres (Mémoires de deux jeunes mariées, 1841)

Roman polyphonique
Le nombre de correspondants est élevé : correspondants principaux, correspondants secondaires (qui peuvent disparaître tout de suite : Sophie Carnay, première lettre des Liaisons Dangereuses). Les lettres et les voix se croisent, les points de vue se mêlent et parfois même se contredisent. Les personnages se dévoilent aussi par leur style, leur écriture, la perception (naïve ou paranoïaque) de l'événement. Le jeu des points de vue, les informations partielles que chaque correspondant apporte sur l'événement, font du lecteur final, le véritable et l'unique destinataire de l'œuvre, le seul à lire tous les éléments de l'information et à en comprendre le sens final.

TROISIEME PARTIE : DES ŒUVRES


I - DEUX ECRIVAINS EPISTOLIERS
Jean-Louis Guez de BALZAC (1595-1654)
Très influencé par la culture de l'Italie où il fit plusieurs séjours, il acquit une grande notoriété à son époque grâce à ses lettres. Il fréquenta Théophile de VIAU, MALHERBE, le cardinal de LA VALETTE, mais aussi Marie de MEDICIS, RICHELIEU, LOUIS XIII. Il est l'auteur d'une volumineuse correspondance dans laquelle on admirait la pureté de la langue, l'humour, sur des sujets les plus divers : sa vie privée, la politique, la morale, la littérature. C'est notamment ses opinions sur ce dernier sujet qui font reconnaître en lui un des doctrinaires du classicisme.

Marie de Rabutin-Chantal, Marquise de SÉVIGNÉ (1626-1696)
Belle, intelligente, mondaine, veuve à 25 ans, le mariage et le départ de sa fille en province (1671) est le point de départ d'une admirable et volumineuse correspondance. Avec près de 1400 lettres, la correspondance de Mme de SÉVIGNÉ (première édition en 1696-1697) constitue un ensemble impressionnant. Si les destinataires sont variés, la plupart des lettres après 1671 sont adressées à sa fille. Écrites à l'intention d'un destinataire, ces lettres sont lues dans les milieux à la mode qui en savourent le contenu et l'expression. Elles sont le reflet d'une personnalité et d'une époque.


II- UNE CORRESPONDANCE INCLASSABLE

Savinien de CYRANO de BERGERAC (1619-1655)
Publiées en 1654, les Lettres sont classées en Lettres amoureuses, Lettres satiriques et Lettres diverses. CYRANO s'y livre à de véritables exercices de style. Il pousse jusqu'à l'extrême les procédés précieux et évolue à la limite de la parodie. D'une virtuosité verbale extraordinaire, il hésite sans cesse entre le sérieux et la dérision : il se moque de beaucoup de choses, des modes de son temps, et même de lui.


III- UNE ŒUVRE PAMPHLÉTAIRE

Blaise PASCAL (1623-1662)
Les Lettres écrites par Louis de Montalte à un Provincial de ses amis et aux Révérends Pères Jésuites sur le sujet de la morale et de la politique de ces Pères, plus connues sous le titre des Provinciales, recueil de dix-huit lettres polémiques dans lesquelles l'éloquence passionnée succède à l'ironie acerbe, connurent un éclatant succès. PASCAL prend parti pour la rigueur janséniste, contre les Jésuites en abordant successivement la question de la grâce (lettres 1 à 4), la morale des Jésuites (lettres 5 à 16) et diverses questions théologiques (lettres 17 et 18).


IV- DES CORRESPONDANCES CÉLÈBRES

VOLTAIRE (1694-1778)
Dix mille lettres environ, adressées à sept cents correspondants divers entre 1711 et 1778, par un des auteurs les plus représentatifs de son temps. Tous les sujets graves ou frivoles, auxquels les philosophes, les savants, le public cultivé se sont tour à tour intéressés pendant le XVIII° siècle, sont abordés. Un style juste, précis, rapide, agile, léger plus naturel et plus libre peut-être que d'autres œuvres de VOLTAIRE.

DIDEROT (1713-1784)
Un volume important de lettres. À partir de 1759, DIDEROT entretient une correspondance suivie avec Sophie Volland, une jeune femme éprise de philosophie, dont on connaît peu de choses.

BALZAC (1799-1850)
De 1832 à 1848, BALZAC entretient une immense correspondance avec Madame Hanska, qu'il épousera quelques mois avant sa mort. Lettres d'amour, mais aussi journal de La Comédie Humaine, ces lettres sont aussi œuvre littéraire et document unique pour la connaissance de l'homme et de l'œuvre.

FLAUBERT (1821-1880)
Une correspondance de plus de 3000 lettres, considérée comme une des "plus belles" de la littérature française. Document de tout premier ordre sur la France du XIX° siècle, sur les domaines religieux, politiques, littéraires, intellectuels, riche de jugements personnels sur la conception de la vie et de l'art que se faisait FLAUBERT.


V- QUELQUES ROMANS PAR LETTRES

GUILLERAGUES, Lettres d'une religieuse portugaise, 1669
Cinq lettres écrites par une jeune religieuse portugaise à l'officier français qui l'a séduite et abandonnée. Lettres d'amour passionné, de souffrances insupportables, d'une rupture déchirante, l'œuvre connaît un réel succès et sera imitée. GUILLERAGUES se présente comme le traducteur, supercherie littéraire qui durera longtemps (Les Lettres auront été classées dans la littérature portugaise).

MONTESQUIEU, Lettres Persanes (1721)
Deux Persans, Usbek et Rica, séjournant en France de 1712 à 1720 échangent une correspondance, écrivent à leurs compatriotes et en reçoivent des nouvelles. MONTESQUIEU met en scène le regard de l'étranger qui décrit ce qu'il voit, mais n'a pas les codes pour le comprendre (et l'expliquer). Le "drame du harem" permet de jouer sur les points de vue : chaque correspondant décrit sa version du même fait. Le roman par lettres permet à l'auteur de passer sans transition d'un sujet à l'autre, de varier les points de vue et d'exposer ses conceptions sur la liberté, la justice, la nature derrière le masque de l'ironie et de la naïveté.

ROUSSEAU, Julie ou La Nouvelle Héloïse, (1761)
Ces Lettres de deux amants d'une petite ville au pied des Alpes, sont celles échangées par Julie d'Etanges et Saint-Preux, éprouvant un amour partagé mais impossible. Malgré la méfiance de ROUSSEAU envers le genre romanesque, c'est par le roman qu'il décrit des personnages selon son cœur et une société selon ses rêves. Les différents correspondants illustrent le jeu des points de vue sur les situations, les sentiments, les réactions.

GOETHE, Les Souffrances du Jeune Werther (1774)
Influencé par La Nouvelle Héloïse, et inspiré par son amour malheureux pour Charlotte Buff, GOETHE analyse ses propres états d'âme sous les traits de Werther. Trop sensible, Werther se suicide et devient le héros de toute une génération (celle du "Sturm und Drang" : tempête et assaut).

DIDEROT, La Religieuse (rédigé à partir de 1760, édition posthume, 1796)
Avant d'être un roman, La Religieuse procède d'une mystification. À partir d'un fait-divers (une religieuse réclamant l'annulation de ses vœux), DIDEROT engage une correspondance avec le marquis de CROISMARE. Celui-ci est persuadé de l'authenticité des lettres de Suzanne Simonin. Après avoir dévoilé la supercherie au marquis, qui deviendra un des personnages de la fiction, DIDEROT compose son roman.

RESTIF DE LA BRETONNE, Le Paysan Perverti (1775) - La Paysanne Pervertie (1785)
Lettres échangées entre Edmond, Ursule (les "paysans" montés à Paris et les nombreux protagonistes du roman). Les deux héros sombrent dans la débauche et le libertinage. Edmond prostitue sa sœur, est condamné au bagne, retourne à Paris, misérable et amputé ; il poignarde sa sœur ne sachant pas qu'elle s'est repentie. Rencontre entre le roman par lettres et le roman libertin, avec des accents autobiographiques.

CHODERLOS DE LACLOS, Les Liaisons dangereuses (1782)
Roman à scandale, roman à succès. Une correspondance aux fils multiples et complexes : Madame de Merteuil demande au Vicomte de Valmont de séduire Cécile de Volanges. Valmont séduit de plus la Présidente de Tourvel, dont il tombe amoureux. Il l'abandonne. Elle en meurt, il est tué en duel. Les libertins sont punis par la publication de leur correspondance.

SENANCOUR, Oberman (1799-1801, édition 1804)
89 lettres adressées par Oberman ("l'homme des hauteurs") à un ami auquel il confie son malaise au milieu des hommes, ses "affections vaines", et surtout le drame d'une conscience assoiffée d'absolu alors même que perduadée des limites de la destinée humaine. Oberman s'apparente au "Journal Intime", certains aspects structurels de la lettre sont absents, seules les lettres d'Oberman sont éditées, il y a très peu d'allusions aux réponses de l'ami.

BALZAC, Mémoires de deux jeunes mariées, 1841
Deux jeunes femmes, amies de couvent, vivent séparées : Louise de Chaulieu vit à Paris, elle a fait un mariage d'amour et ne vit que des passions ; Renée de Maucombe vit en Provence, elle a fait un mariage de raison et se consacre à ses enfants. La correspondance fait vivre à chacune ce qu'elle ne connaît pas.

Index Français / Index épistolaire / Introduction / Choix d'extraits