LE THÉÂTRE EXISTENTIALISTE DE SARTRE
Huis clos
Les mouches
Les mains sales
TPE LETTRES - PHILOSOPHIE
réalisé par :
BERTHOLIER Vanessa
BOYER Patricia
NOWAK FabriceTerminale L 2001-2002
Lycée Le Verger Sainte-Marie
SOMMAIRE
A/ La philosophie de Jean -Paul Sartre : l'existentialisme
B/ Thèmes et concepts philosophiques dans les pièces de Sartre
C/ Spécificité de l'écriture dans le théâtre existentialiste
I) La mise en situation : un habile procédé
II) La mise en situation dans un contexte politique
III) La vulgarisation par le théâtre existentialiste
IV) Comparaison : le mythe retravaillé par le théâtre existentialiste
V) Qualités du théâtre sartrien d'un point de vue littéraire
BIBLIOGRAPHIE - SOURCES COMMENTEES
ANNEXE : nous vous faisons parvenir ci-joint une vidéo d'un extrait de Huis- clos que nous avons mis en scène. Les textes ont été conservés, mais nous avons transposé la pièce à notre époque.
Un des "grands torts" de la France est d'avoir surtout apprécié chez Jean-Paul Sartre son oeuvre théorique en délaissant son oeuvre théâtrale. Bien sûr, certaines pièces comme Les Mouches ou encore la fameuse pièce Huis-clos sont incontournables. Mais beaucoup de spécialistes de Sartre l'affirment : "C'est à l'étranger que son théâtre est le plus reconnu". Pourtant, le théâtre était très cher au yeux de Sartre. C'est en effet à 9 ans, dans la maison de campagne de ses parents, qu'il prit le goût des représentations et des saynètes qu'il s'amusait à créer pour le public alors plus restreint qu'était sa famille.
De plus, le théâtre de Sartre permet d'étudier de près l'existentialisme sans se heurter aux lourdes oeuvres théoriques tout en prenant un plaisir certain - le pavé de l'Etre et le Néant pouvant en repousser plus d'un! Nous retrouvons donc dans son oeuvre théâtrale de grands thèmes comme Autrui et bien d'autres avec pour thème central "la liberté". L'intérêt de ce théâtre réside en ce que ces thèmes ne sont pas théoriquement traités mais mis "en situation" - expression qui résume la principale caractéristique du théâtre de Sartre." Longum iter est per praecepta, breve et efficax per exempla" (longue est la voie des préceptes; courte et infaillible, celle des exemples), écrivait Sénèque, et cela se vérifie chez Sartre. Pour traiter le thème d'Autrui, quel meilleur moyen que de placer ensemble plusieurs personnages et de voir comment ils réagissent. Attention cependant: il ne s'agit pas d'une entreprise naturaliste. Sartre n'est pas un scientifique en train de faire des expériences rigoureuses: il ne décrit pas tout ce qui se passe (L'action de Huis-clos se déroule d'ailleurs en enfer!). Cela pose alors le problème suivant: le théâtre de Sartre n'est - il qu'un théâtre mis au service de sa doctrine existentialiste ou présente-t-il des caractéristiques littéraires remarquables comme certains des ses confrères écrivains de l'époque? Car Jean-Paul SARTRE n'est pas réputé pour son talent de dramaturge. Sa conception du théâtre n'est que purement pragmatique. Est-ce à dire pour autant que son théâtre est dénué de tout intérêt stylistique? D'ailleurs, le théâtre de Sartre a souvent été cité comme un théâtre "plus à lire qu'à voir jouer". Et si l'intérêt du théâtre de Sartre résidait principalement dans la conception même du théâtre qu'avait ce grand homme? Car à première vue, certains pourraient dire que Sartre s'est trompé de voie en décidant d'écrire et qu'il s'agit d'une erreur de sa part. A cela, Bernard-Henry LEVY répliquait dans une émission de télévision que si Sartre a pu se tromper c'est qu'il avait eu le courage d'oser penser différemment. Le théâtre existentialiste de Sartre réserve donc bien des surprises.Pour cette étude du théâtre existentialiste de Sartre, nous nous appuierons sur l'ensemble de l'oeuvre, mais de manière plus pointue sur trois de ses pièces: Huis-clos, Les Mouches et Les Mains sales. Avec la première pièce citée, Sartre met en évidence la relation à autrui, dans la seconde c'est principalement de la responsabilité qu'il s'agit alors qu'avec la troisième c'est l'aspect politique du théâtre qui ressort. Les perspectives de l'étude du théâtre de Sartre ne se cantonnent donc pas à une simple étude de style ou de courant ou encore de philosophie. Il s'agit en fait d'une multitude d'aspects qui s'entrecoupent et qui s'influencent les uns les autres.
Ainsi, nous verrons en premier lieu les aspects de la doctrine existentialiste : en quoi le théâtre de Sartre est-il particulièrement philosophique? Puis nous nous attarderons sur l'aspect plus littéraire de ce théâtre et toutes les questions que cet aspect suscite: quel est alors l'intérêt de l'écriture théâtrale? Mais n'est-il que philosophique? L'aspect littéraire est-il si effacé? Est-il moins présent que chez les écrivains de l'époque? Le théâtre n'est - il après tout qu'un moyen de vulgarisation de l'existentialisme ou présente-t-il un réel intérêt du point de vue littéraire, s'inscrit-il dans une façon particulière de concevoir le théâtre à cette époque trouble de la Seconde Guerre Mondiale?
Enfin, dans la perspective de la présentation orale, nous vous présentons un extrait filmé de Huis-clos,joué par nous-mêmes.[SOMMAIRE] [INTRODUCTION] [THÈMES et CONCEPTS] [ÉCRITURE] [CONCLUSION] [BIBLIOGRAPHIE]
A)La philosophie de Jean-Paul Sartre: l'existentialisme
Pour comprendre l' oeuvre théâtrale de Sartre, il est difficilement envisageable de ne pas se référer à sa théorie philosophique, sans vouloir pour autant dresser un bilan exhaustif de ce qui a été écrit par Sartre en tant que philosophe. Il nous faudrait en effet beaucoup trop nous nous étendre; par conséquent en nous appuyant principalement sur "l'Etre et le Néant", nous tenterons d'exposer les principaux concepts inhérents à l' existentialisme.
"L' Etre et le Néant" en tant qu' ontologie est une théorie de l' Etre s'appuyant sur la notion de conscience développant les conséquences de l'intentionnalité (visée d'un objet par cette conscience). Cette dernière manifeste ainsi un perpétuel choix d'orientation en elle-même. Elle ne se réfère pas à un autre être au dedans d'elle-même, mais sa réflexivité est par rapport à l'objet, au monde .Cette différence peut s'expliciter par deux notions : l'en-soi est ce qui est et que la conscience appréhende comme différent d'elle-même. L'en-soi coïncide avec lui-même contrairement au pour-soi qui est caractérisé par sa distance par rapport à lui-même. Par le pour-soi, l'être humain nie qu'il est exclusivement en-soi.
Cependant l 'existence même de l' homme est contingente (selon Sartre: "je veux dire que par définition l'existence n'est pas la nécessité"). Exister, c'est être là, surgir dans le monde, "l'existence précède l'essence" :l'homme est d'abord dans l'univers où il imprime sa marque et se construit: "S'il n' est pas définissable , c'est qu'il n'est d'abord rien. Il ne sera qu'ensuite, et il sera ce qu'il se sera fait".
L' homme ne se réduit pas à un donné déterminé et immuable de l' en-soi. En prenant conscience de ses diverses possibilités, le pour-soi saisit sa liberté. On ne choisit pas (paradoxalement) d'être libre, la conscience de la liberté peut être vécue dans l'angoisse qui est sentiment de peur sans objet déterminé, la liberté se saisissant comme responsable. On peut alors "jouer" à être déterminé : être ce que la "nature" ou les circonstances ont fait de nous mais cela n'est qu'une manière de fuir, qualifiée de mauvaise-foi. Dans la mauvaise- foi, on feint pour soi-même que l'on n' est pas libre car on ne peut assurer sa liberté. Selon Sartre, on ne peut se cacher sous de faux prétextes car choisir de ne pas choisir, c'est encore faire un choix: "le choix de la délibération est organisé avec les mobiles et motifs que je choisis moi-mêmeÖla décision est prise et elle n'a d'autre valeur que celle d'une annonciatrice".L' homme est donc bel et bien "condamné à être libre". Il est angoissé devant l' infini de sa propre liberté et ne possède pas cette liberté comme une propriété de son être: "elle n'est pas une qualité surajoutée ou une propriété de sa nature; elle est très exactement l'étoffe de mon être" dit Sartre dans "l' Etre et le Néant".
Cependant cette liberté absolue est menacée par le regard d' autrui, qui en tant que sujet me pose en objet et tend à m'enfermer dans une essence. "Je n'atteindrai jamais autrui que dans son être- objet .Je ne pourrai jamais fournir à sa liberté que des occasions de se manifester, sans jamais réussir à l' accroître ou à la diminuer , à la diriger ou à m' en emparer."
Les rapports entre les consciences sont rapports de libertés subjectives. Il est impossible, dit Sartre d'échapper au conflit : "l'essence des rapports entre conscience n'est pas l'être- ensemble, c'est le conflit". Le regard que l' on porte les uns sur les autres est menace perpétuelle pour la liberté de chacun.[SOMMAIRE] [INTRODUCTION] [THÈMES et CONCEPTS] [ÉCRITURE] [CONCLUSION] [BIBLIOGRAPHIE]
B) Thèmes et concepts philosophiques dans les pièces de Sartre
Le théâtre de Sartre apparaît comme la partie de son oeuvre la plus facile d'accès. On y retrouve la quasi totalité des thèmes relatifs à sa pensée. Par opposition à la tragédie, Sartre a lui même défini le "théâtre de situations" comme seul possible à son époque.
"S' il est vrai que l' homme est libre dans une situation donnée et qu'il se choisit libre dans une situation donnée et qu'il se choisit lui-même dans et par cette situation, alors il faut montrer au théâtre des situations simples et humaines. Ce que le théâtre peut montrer de plus émouvant est le moment du choix, de la libre décision qui engage toute une vie. Et comme il n'y a de théâtre que si on réalise l'unité de tous les spectateurs, il faut des situations si générales qu'elles soient communes à tous (Ö).Il me semble que la tâche du dramaturge est de choisir parmi ces situations limites celle qui exprime le mieux ses soucis et de la présenter au public comme la question qui se pose à certaines libertés."
Ainsi, il s'agit de cette liberté en situation que l'on trouve comme thème prépondérant de la première pièce de Sartre: Les Mouches, drame en trois actes.
[SOMMAIRE] [INTRODUCTION] [THÈMES et CONCEPTS] [ÉCRITURE] [CONCLUSION] [BIBLIOGRAPHIE]
Seule oeuvre qualifiée de drame par Sartre, la pièce Les mouches fut créée le 3 juin 1943 et fut mise en scène au théâtre de la Cité par Charles Dublin.
Oreste, fils d'Agamemnon et de Clytemnestre revient dans Argos, sa ville natale d'où il a été chassé âgé dès trois ans ,ses parents ayant été assassinés par Egisthe, l' amant de Clytemnestre. Il a voyagé et a appris que l' opinion est subjective et n'est pas vérité, d'où sa "liberté d'esprit". En revenant dans sa ville, il s'aperçoit cependant que cette liberté ne lui a justement pas permis de se constituer en tant qu'identité. Ses paroles attestent de ce que rien ne lui appartient: "Je suis libre, Dieu merci. Ah! comme je suis libre .Et quelle superbe absence que mon âmeÖJe vais de ville en ville , étranger aux autres et à moi-mêmeÖ"
Tout ce qui relève de la cité qui devrait être sienne lui est inconnu puisqu'il n'y a pas vécu, il conçoit alors le désir de se donner ce droit de cité :"Si je pouvais m'emparer, fut-ce par un crime, de leurs mémoires, de leur terreur et de leurs espérances pour combler le vide de mon coeur, dussé-je tuer ma propre mère " Ces dernières paroles sont prononcées sans réelle intention de les réaliser, ce qui va toutefois arriver par l' intervention d'Electre sa soeur. Celle-ci, restée à Argos, a vécu dans la rancoeur et le désir de la vengeance. Elle a ainsi subi les mouches, symbole du remords envoyé par les dieux aux habitants de la ville ; ainsi tous ont payé pour le crime d'Egisthe et de sa complice Clytemnestre.
Cette implication du texte rappelle que la pièce les Mouches fut jouée pour la première fois sous l' occupation allemande, le gouvernement de Vichy ayant mis en place une politique de culpabilisation sur laquelle nous ne nous étendrons pas pour revenir à Oreste et à l' acte qui va le faire véritablement libre.
Dès qu'il prend connaissance du rêve de sa soeur, il ne veut plus que le réaliser. Egisthe ne cherchera d'ailleurs pas à se défendre puisque comme il le dit lui même: "Qui suis-je, sinon la peur que les autres ont de moi? "Jupiter ne se satisfait pas de ce crime, qui contrairement à celui d'Egisthe sera celui d'un homme libre: "Qu'ai-je à faire d'un crime sans remords, d'un meurtre insolent Je hais les crimes de la génération nouvelle: ils sont ingrats et stériles comme de l'ivraie". Si Egisthe a fait peser la culpabilité- qui relève de la mauvaise foi puisqu'il nie ses responsabilités- de son crime sur tout Argos, Oreste est le seul à assumer la responsabilité du sien et, comme il ne s'en repent pas, les dieux n'ont pas d'emprise sur lui. Sa soeur, au contraire, à la suite de l'acte qu'elle n'avait fait que souhaiter ("j'ai rêvé ce crime") choisit sa culpabilité. Comme le dit Jupiter," Mais tu n'as jamais songé à les réaliser Tu n'as pas voulu le mal: tu n' as voulu que ton propre malheur Tu as joué au meurtre".
Electre reste donc soumise aux dieux ,elle ne prend pas conscience de sa liberté, il en est tout autrement de son frère: il se dit "libre", cette "liberté" a fondu sur lui "comme la foudre" Par delà l'angoisse et les souvenirs. Libre. Et d'accord avec moi"- s'il ne l'est, en effet pas avec sa soeur-"Je ne suis pas coupable, et tu ne saurais me faire expier ce que je ne reconnais pas pour un crime" dit-il à Jupiter dans la scène trois de l'acte trois. Bien qu'il ait essayé de convaincre Electre de ne pas "se haïr", "ses souffrances viennent d'elle, c'est elle seule qui peut s'en délivrer: elle est libre".
Condamné à être libre, Oreste "ne peut suivre que son cheminÖet chaque homme doit inventer son chemin." Pour Sartre chaque homme détermine la valeur de ses actes car Dieu n'existe pas.
Dans "Qu' est-ce que la littérature?" (Situations II), Sartre explique "Les héros sont des libertés prises au piège comme nous tous. Quelles sont les issues? Chaque personnage ne sera que le choix d'une issue et ne vaudra pas plus que l'issue choisieÖEn un sens, chaque situation est une souricière, des murs partout: je m' exprime mal, il n'y a pas d'issue à choisir. Une issue, ça s'invente. Et chacun, en inventant sa propre issue, s'inventesoi-même.
L'homme est à inventer chaque jour". Ce qui fait qu' Oreste n'est pas seulement En-Soi, c'est cette liberté qui est le pouvoir que détient la conscience de se soustraire aux déterminations naturelles. Par elle, il se fait Pour-soi dont "la loi d'être, comme fondement ontologique de la conscience, c'est d'être lui-même sous la forme de présence à soi, L' Etre et le Néant , partie II .Si l'on en revient au choix d'Oreste, qui après avoir délivré la ville de son tyran, la quitte cependant, c'est que sa liberté n'a de sens que pour lui puisqu'elle ne concerne que lui. Il ne veut pas dépendre des autres: "je veux être un roi sans terre et sans sujets".
Il apparaît donc que ce qu' il enviait, n'était pas la situation des gens d'Argos mais simplement la personnalité singulière qu'elle leur confère. Il veut SA situation propre par SES propres actes. Il se fait exister par un acte, censé les libérer tous, mais qui le libère seul. Les gens d' Argos, saisissent son acte mais Oreste est le seul à savoir qu'il est libre puisque ses critères n'engagent que lui d'où ses paroles:Övous ne pouvez ni me châtier, ni me plaindre ,et c'est pourquoi je vous fais peurÖ"
En quittant Argos, Oreste affirme encore sa liberté "Pour-soi", et considère comme inessentielle son existence "pour- autrui": il est seul.
Selon Sartre lui-même "la liberté n'est pas je ne sais quel pouvoir abstrait de survoler la condition humaine: c'est l'engagement le plus absurde, le plus inexorable. Oreste parcourt son chemin, injustifiable, sans excuses,(Ö),seul, comme un héros."D' abord portée sur l' être de l'en-soi mais prenant un certain recul par rapport à lui, la conscience est alors rapport à l' être qu'elle n'est pas (pour-soi), ainsi elle se rend responsable, comme celle d'Oreste. "Le pour-soi ne peut soutenir la néantisation sans se déterminer lui même comme un défaut d'être. Cela signifie que la néantisation ne coïncide pas avec une simple introduction du vide dans la conscience .( ),mais c'est le pour-soi qui se détermine perpétuellement lui-même à n'être- pas l'en-soi." ( L' Etre et le Néant, « 'Etre- pour- soi » chap.I)
[SOMMAIRE] [INTRODUCTION] [THÈMES et CONCEPTS] [ÉCRITURE] [CONCLUSION] [BIBLIOGRAPHIE]
Cette pièce fut rédigée en seulement deux semaines en 1944;son succès fut immédiat. Interdite par la censure en Angleterre, elle remporta cependant le prix de la meilleure pièce étrangère aux Etats-Unis en 1947.Un ami de Sartre lui avait suggéré d'écrire "une pièce facile à monter qu'on pût promener à travers la France". Il lui vient alors l'idée de monter un drame très bref, constitué d'un seul décor et ne comportant que deux où trois personnages. Il pense à une forme différente de Huis-clos de celle que nous connaissons : sa première intention était de réunir des gens murés dans une cave pendant un long bombardement. Ce n'est qu'après cela qu'il imagine des personnages réunis en enfer pour l'éternité.
On peut également retenir qu' il proposa à Albert Camus la mise en scène ainsi que le rôle de Garcin, cependant ce dernier fut remplacé après la première tournée.Les personnages de Huis-Clos montrent envie, détachement, inimitié, ils sont à la fois bourreaux et victimes ; ce sont des êtres humains qui tout en étant morts éprouvent des sentiments et parlent, à ce titre continuent pour le spectateur et le lecteur d'être vivants.
Il convient d' interroger cette situation où Sartre situe l'action en enfer alors même qu' il est athée.
Si l' on examine de plus près les caractères présentés dans Huis- clos, on s'aperçoit qu'ils nient leur liberté (ils sont donc de mauvaise-foi) et sont soumis au jugement des autres libertés, c'est ce qui précisément constitue cet enfer ; chacun est démuni devant les autres car n'osant assumer ce qu'ils ont été durant leur vie pas plus que leur situation présente. Estelle se refuse en effet à les qualifier de morts, préférant le terme d' "absents"." L' existence même de la mort nous aliène dans notre vie au profit d'autrui" écrit Sartre. En effet en tant que sujet, autrui me pose en objet et tend à m'enfermer dans une essence.
Contrairement aux choses, l'homme vit sans qu'une essence lui impose un modèle à suivre: "il existe d'abord, se rencontre, surgit dans le monde et(Ö) se définit après", ainsi l'homme est d'abord dans le monde où il se construit librement. Tout homme est en situation mais la situation ne détermine pas la conduite. En effet, en projetant ses intentions sur la situation c'est l'homme qui transforme celle-ci en motif d'action. Les personnages de Huis- Clos ont choisi, à l'exception d'Estelle, de mourir à un moment donné, et ont fait souffrir ceux qui les entouraient. Comme Inès le dit "Il y a des gens qui ont souffert pour nous et cela nous amusait beaucoup". Contrairement à elle, en se demandant : "Où est la faute?, Garcin montre sa mauvaise- foi de même qu'Estelle lorsqu'elle dit "je me demande si ce n' est pas une erreur "tous deux sachant pertinemment leurs crimes n'avoueront leur culpabilité que par la suite). Inès est la seule à ne pas nier sa responsabilité :elle prend conscience de ce qu'ils sont "entre assassins" et s'adressant à Estelle "Nous sommes en enfer, ma petite, il n'y a jamais d'erreur et on ne damne jamais les gens pour rien" et plus loin "le bourreau, c'est chacun de nous pour les deux autres."
"L'enfer, c'est les autres" d' autant plus lorsque l' on ne peut plus contribuer au sens de sa propre vie. En effet pour "le monde des vivants", l' existence des personnages ne se réduit plus qu'à l'essence que chacun s'est constituée par ses actes au cours de sa vie. Ils sont livrés au jugement des autres libertés : sur Terre les camarades de Garcin le traitent de lâche et c'est le regard d' Inès qui désormais décidera: "Tu es un lâche, Garcin, un lâche parce que je le veux! Et pourtant, vois comme je suis faible, un souffle; je ne suis rien que ce regard qui te voit, que cette pensée incolore qui te pense(Ö)Allons, tu n' as pas le choix: il faut me convaincre. Je te tiens."
Cette expression d'Inès rappelle des expressions de l'Etre et le Néant comme "ma chute originelle , c'est l' existence de l'autre" ou "le conflit est le sens originel de l'être- pour- autrui".L' enfer de Huis- Clos apparaît comme l'enfer de la vie avec autrui qui est indissociable de l' existence dans le monde.
Pour dépasser cela, il faut se faire libre par son projet car la conscience d'être objet ne peut se faire que dans et par l'existence d'autrui (le pour-soi dans la mauvaise- foi se pose en objet). Les personnages dans Huis- Clos refusent d'affronter les conditions de leur existence par une entreprise qui leur est propre, ils sont à la fois dans le monde et hors du monde , vivants et morts même dans la vie, ils se réduisent à des objectités pour d'autres consciences qui les caractérisent, les étiquettent en quelque sorte, alors qu'ils ne peuvent plus changer le sens de leur vie en ajoutant ou en y refaisant certains actes.
Cet aspect est explicite dans ce passage de l'Etre et le Néant : "la vie morte ne cesse pas pour cela de changer et, pourtant elle est faite. Cela signifie que pour elle les jeux sont faits et qu'elle subira désormais ses changements sans en être aucunement responsableÖRien ne peut plus lui arriver de l'intérieur, elle est entièrement close , on ne peut plus rien faire entrer mais son sens ne cesse point d'être modifié du dehorsÖEtre mort, c'est être en proie aux vivants."
Ainsi, être mort, c'est être soumis à des interprétations d'autrui qui donne à la vie du mort un sens qui n'est pas le sens, ce sens vient d'actes que l'on décide mais que l'on ne peut dénigrer. Les paroles ne seraient que des justifications vaines par rapport au choix fait antérieurement. Comme il est dit dans le chapitre I de la partie 4 de l'Etre et le Néant : "le choix de la délibération est organisé avec les mobiles et les motifs que je choisis moi-même Öla décision est prise elle n' a d'autre valeur que celle d'une annonciatrice".
[SOMMAIRE] [INTRODUCTION] [THÈMES et CONCEPTS] [ÉCRITURE] [CONCLUSION] [BIBLIOGRAPHIE]
Rédigée au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, la pièce les Mains sales a aussi donné lieu à un film en 1951. Elle a été représentée la première fois le 2 avril 1948 dans une mise en scène de Pierre Valde qui fut supervisée par Jean Cocteau. Il s'agit de la pièce de Sartre ayant remporté le plus de succès .Ce dernier avait pensé à d'autres titres : Crime passionnel et Les Gants rouges. Dans une de ses interviews, il affirma : « les Mains Sales m'ont été inspirées par les difficultés que des élèves à moi, bourgeois de bonne volonté, avaient avec le parti communiste. J'ai pensé aussi à l' assassinat de Trotski."
Il y oppose deux sortes de conceptions révolutionnaires: l'idéalisme de Hugo et le pragmatisme de Hoederer qui, lui n' hésite pas à "se salir les mains"en collaborant avec d'autres partis et ce, pour améliorer la condition d'une collectivité qui se trouve être celle des prolétaires. Hoederer est convaincu de la nécessité de s'allier avec la bourgeoisie contre l' occupant potentiel, il est considéré comme un traître par certains membres du parti communiste qui envoient Hugo dans le but de le supprimer.
Cependant ce qui opposera Hugo et Hoederer ne sera pas tant sa "trahison", Hugo se retrouve dans une situation ambiguë où son motif d'agir est le sien: il veut se sentir exister pour- autrui et pour-soi. De là son adhésion au parti prolétaire -alors qu'il n'en a pas l'origine- , de là aussi, sa volonté de se voir confier la mission de tuer Hoederer : il veut être reconnu comme le montre sa réplique "et vous attendrez les nouvelles ; vous serez inquiets et vous parlez de moi et je compterai pour vous."
N'ayant réellement sa place dans le parti qu'il a quitté et celui qu'il a rejoint, Hugo souffre de ce que personne ne lui fasse confiance. C'est là qu'intervient Hoederer car c'est lui qui justement va comprendre Hugo et ses motivations . Hugo défend des idées alors qu'Hoederer s'inscrit pleinement dans le monde.Ce passage de la scène III du cinquième tableau le montre assez bien :
HUGO_A quoi ça sert de lutter pour la libération des hommes , si on les méprise assez pour leur bourrer le crâne?
HOEDERER_Je mentirai quand il faudra et je ne méprise personne .Le mensonge ce n'est pas moi qui l'ai inventé : il est né dans une société divisée en classes et chacun de nous l'a hérité en naissant . Ce n'est pas en refusant de mentir que nous abolirons le mensonge : c'est en usant de tous les moyens pour supprimer les classes.
HUGO_Tous les moyens ne sont pas bons.
HOEDERER_Tous les moyens sont bons quand ils sont efficaces.Si Hugo, croit être en accord avec les membres du parti, il "en fait une affaire de principes", Hoederer comme il le dit lui-même fait "une politique de vivants pour les vivants".
Selon Sartre, "ce qui ne varie pas, c'est la nécessité pour l'homme d'être dans le monde , d'y être au travail, d'y être au milieu et d'y être mortel ".
Le projet d'Hugo est de devenir homme par le crime qu'il s'apprête à commettre. Hoederer est le seul à se rendre compte que, si Hugo prétend l'assassiner au nom des valeurs du parti, cet acte est celui qui lui permettra d'être- pour -autrui. On peut donc se demander si Hugo est réellement convaincu de la légitimité de son acte et veut l'accomplir au service du parti. Ne le conçoit-il pas comme un moyen pour arriver à une fin individualiste qui le définirait, lui donnerait l'essence consécutive à son acte? La trahison d'Hoederer n'est-elle pas plutôt un prétexte au meurtre, prétexte qui montrerait par là-même la mauvaise-foi de Hugo?Toutefois cet acte apparaît compromis du fait que ces deux personnages reconnaissent leurs libertés, et ce malgré leurs divergences d'opinion. Même si Hugo finit par accomplir ce pour quoi il avait été mandaté, il le fait à cause d'un évènement contingent et non par parce que son projet est de le faire. Il s'en rend lui-même compte : "Un acte, ça va trop vite. Il sort de toi brusquement et tu ne sais pas si c'est parce que tu l'as voulu ou parce que tu n'as pu le retenir(Ö) Ce n' est pas moi qui est tué, c'est le hasard .Si j'avais ouvert la porte deux minutes plus tôt ou deux minutes plus tard, je ne les aurais pas surpris dans les bras l'un de l'autre, je n'aurais pas tiré(Ö)"
Ainsi, par son suicide, Hugo pense redonner à son geste le sens qui lui avait échappé et qui demeure en suspens (puisqu' après la mort d'Hoederer sa conduite est approuvée par le parti).
D'après Sartre dans l'Etre et le Néant: Le suicide ne saurait être considéré comme une fin de vie dont je serais le propre fondement. Etant acte de ma vie, en effet, il requiert lui-même une signification que seul l' avenir peut lui donner ; mais comme il est le dernier acte de ma vie il se refuse cet avenir ; ainsi demeure-t-il totalement indéterminé. Si j'échappe à la mort, ou si "je me manque", ne jugerai-je pas plus tard mon suicide comme une lâcheté? L'événement ne pourra-t-il pas me montrer que d'autres solutions étaient possibles, Mais comme ces solutions ne peuvent être que mes libres projets, elles ne peuvent apparaître que si je vis. Le suicide est une absurdité qui fait sombrer ma vie dans l'absurde."
Même en se suicidant, Hugo cherche à se fonder dans ce qu'il se fait être. Il veut coïncider avec soi juste pour se donner sa propre valeur individuelle. Si il pense se réconcilier avec lui-même, il en perd la conscience. Sa liberté en s'ôtant toute liberté d'action se détermine à n'être plus déterminée que par l'interprétation qu'autrui en fera
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C/ Spécificités de l'écriture dans le théâtre de Sartre
I/ La mise en situation : un habile procédé
Le théâtre de Sartre est un théâtre dit « de situations », c'est-à-dire qu'il place ses personnages dans des situations précises l'expression « théâtre de situations » étant empruntée à l'oeuvre critique de Sartre. On peut préjuger de l'efficacité de l'entreprise, quand on sait que par nature, le théâtre est le lieu de l'affrontement des personnages et de la parole. Ce théâtre présente l'avantage de mettre au devant de la scène le thème de la liberté. Pour comprendre cela, il convient de bien distinguer le théâtre de situation et le théâtre psychologique. Le théâtre psychologique, initié par Euripide quelques siècles déjà avant J.-C, ne présente aucun intérêt pour Sartre dans la mesure où tout est joué d'avance. Telle ou telle psychologie définit tel ou tel personnage et ses actes. Le personnage n'existe qu'à travers sa psychologie. Il n'est pas réellement libre. La psychologie ne peut donc en aucun cas pour Sartre être le principal ressort de la tragédie dans la mesure où elle ne saurait être la seule responsable de nos actes. Car, pour Sartre, l'étude de l'homme à travers ses pièces doit être une « entreprise totale ». Cela signifie que pour analyser les actions de ses personnages et leurs conséquences, la psychologie n'est pas suffisante. Il faut alors placer les personnages dans des situations qui mettent en jeu leur liberté - la liberté se définit principalement dans la décision de l'homme dans cette situation et dans le fait d'assumer les conséquences de ses actes. Cette situation dans laquelle est placée le personnage est donc intéressante d'un point de vue philosophique, puisqu'elle met en scène le thème central de l'existentialisme sartrien, à savoir la liberté. Elle met ce thème en scène de manière concrète. Ainsi, si les discours théoriques philosophiques sont inaccessibles à la majorité des personnes, la mise en scène d'Oreste, par exemple, qui choisit de tuer sa mère et l'amant de celle-ci en assumant pleinement les conséquences, permet aux spectateurs de réfléchir sur ce thème de la liberté dans nos actes.
De plus, pour que la pièce soit comprise et appréciée de tous les spectateurs, il faut un sujet qui soit non seulement compréhensible par tous, mais qui en plus intéresse tout le monde. Cela peut paraître impossible mais pour Sartre, la solution se trouve encore dans l'utilisation de la mise en situation. En effet, avant 1940, ce qui intéressait les dramaturges était principalement l'analyse des caractères et leur confrontation. Or, les caractères n'ont rien d'universel et ne peuvent en aucun cas intéresser tout le monde, selon Sartre. Quelqu'un qui n'a jamais été confronté dans sa vie à un maniaco-dépressif ne sera sans doute pas intéressé à voir une pièce dédiée à l'étude de son caractère. Pour Sartre, ce qui est universel, ce sont les situations dans lesquelles se trouve l'homme. Il ne s'agit donc pas de sa psychologie mais bien « les limites auxquelles ils est confronté de toutes parts » (Un théâtre de situations, JP Sartre). Autrement dit, comment tel homme va réussir à exercer sa liberté dans telle ou telle situation, face à tel ou tel problème. Et justement, la situation dans laquelle Sartre place son personnage, il la considère comme universelle. Il s'agit toujours de choisir son être dans un monde où il a été jeté et qu'il n'a pas choisi. Et pourtant, c'est dans ce monde qu'il devra exercer sa liberté. Car pour Sartre, « l'homme est à inventer chaque jour» (Situations II) : rien n'est joué et c'est à chacun de « se faire ». Et à travers cette situation « de base », il s'agit alors d'éclairer les gens sur les aspects de la condition de l'homme. Il s'agit de monter l'angoisse de l'homme face à sa liberté . De plus, pour résumer le sujet de ses pièces, J.P Sartre avait coutume de dire : « L'homme qui choisit qu'il le veuille ou non pour tous les autres quand il choisit pour lui même -voilà le sujet de nos pièces. » Pour reprendre, l'exemple d'Oreste, ce dernier choisit de tuer sa mère et l'actuel roi avant tout pour lui qui a tant souffert de son exil, enfant. Mais cette décision de les tuer se répercute sur tout le peuple d'Argos puisqu'il tue leur roi. A lui alors d'en assumer les conséquences, d'abord vis-à-vis de lui-même il a quand même tué sa mère !- mais aussi du peuple auquel il voulait appartenir en faisant ce geste dans le but de le libérer. Pour comprendre à quel point Sartre était attaché à cette idée de conséquence pour Autrui, nous pouvons le citer : « Il suffit qu'un seul homme en haïsse un autre pour que la haine gagne de proche en proche l'humanité entière » (Le diable et le bon dieu). Ainsi, si la vie du maniaco-dépressif n'intéresse pas grand monde, le mettre dans une situation où la vie de plusieurs personnes dépend de ses actes donne alors au sujet une autre « couleur ».
Enfin, pour que ses personnages puissent exercer pleinement leur liberté, il leur faut des situations- limites. Pour comprendre ce principe, appuyons nous sur une pensée de Sartre qui lui avait valu de nombreuses critiques. Sartre, en effet, louait la Seconde Guerre mondiale, dans le sens où elle était selon lui le meilleur moyen pour l'homme d'exercer sa liberté. Car face à la guerre, chacun a dû prendre position : collaborer activement ou passivement, résister activement ou passivement Comment réagit alors le père de famille qui sait que son acte aura des conséquences non seulement sur lui, mais aussi sur sa famille qui risque de subir des représailles ? Il s'agit donc de mettre les personnages dans une situation-limite, situation dont une des issues possibles est bien souvent la mort. « Ainsi la liberté se découvre à son plus haut degré puisqu'elle accepte de se perdre pour pouvoir s'exprimer » (Un théâtre de situations).
Pour conclure sur le procédé de la mise en situation, nous pouvons dire que le rôle du dramaturge est donc de choisir parmi les situations celle qui sera simple, humaine et « limite » et qui sera la plus adaptée aux préoccupations des spectateurs afin que ceux-ci soient tous concernés de façon égalele public sera alors unifié, c'est-à-dire qu'il ne s'agira plus de personnes de divers horizons, de divers milieux mais bien d' « un » public composé avant tout d' « êtres humains » et non d' « individus ». Cette préoccupation se retrouve par ailleurs dans toute l'oeuvre de Sartre, qu'elle interroge les mythes antiques comme nous venons de le voir avec Les Mouches ou alors les sujets contemporains plus politiques avec La Putain Respectueuse, Les Mains sales, Les Séquestrés d'Altona
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II)La mise en situation dans un contexte politique
Les pièces de Sartre ne peuvent être entièrement comprises si l'on ne se réfère pas au contexte politique de l'époque où elles ont été écrites. Ainsi, si l'on prend l'exemple des « Mains sales », on peut à première vue penser qu'il s'agit d'une pièce anti communiste. Cependant, il n'en est rien : écrite vers 1948, elle coïncide avec les débuts du R.D.R (Rassemblement Démocratique Révolutionnaire présent depuis 1944).
Sartre, s'il écrit bien une pièce sur la politique ne cherche en aucun cas à privilégier l'une ou l'autre des opinions mises en présence : « Je ne prends pas parti. Une bonne pièce de théâtre doit poser les problèmes et non les résoudre. »
Par ailleurs le titre ne doit pas prêter à confusion : pour Sartre c'est bien la politique en général qui « exige que l'on se salisse les mains. » et non un parti en particulier .Ceci n'empêcha pas la représentation, à l'étranger, de diverses réadaptations dénigrées par l'auteur. On l'utilisa de manière à en faire une propagande contre le communisme, ce qui n'était en aucun cas son intention. Sartre eut en effet certaines affinités avec le marxisme :sans être réellement militant il n'était cependant opposé à cette doctrine.Par ailleurs, on peut ajouter que cette pièce est d'autant plus relative au contexte qu'elle correspond à une situation bien concrète que Sartre a explicitée dans une de ses interviews. « Vous savez que chez nous, en France, il y eu un cas analogue à celui de Hoederer, le cas de Doriot ,bien qu'il ne se soit pas terminé par un assassinat. Doriot voulait que le P.C. se rapproche des sociaux- démocrates et ,pour cette raison, il fut exclu du parti. Un an plus tard, pour éviter que la situation française ne dégénère en fascisme et sur base de directives précises, le P.C. parcourut exactement le chemin que Doriot avait indiqué, sans jamais reconnaître toutefois que celui-ci avait eu raison ; et ceci fut la base du Front Populaire. »
Le « théâtre sartrien »se révèle donc bien comme engagé sans s'assimiler à une propagande quelconque. Il en est de même dans une pièce antérieure aux Mains sales : les Mouches .
Si son accueil fut mitigé, son impact n'en fut pas moins important. Ainsi dans une interview donnée peu après la libération de Paris ,Sartre ne cacha pas son intention véritable lorsqu'il avait écrit les Mouches pendant l'Occupation : « Pourquoi faire déclamer les Grecs( ) si ce n'est pour déguiser sa pensée sous un régime fasciste ?Le véritable drame, celui que j'aurais voulu écrire, c'est celui du terroriste qui en descendant des allemands dans la rue, déclenche l'exécution de cinquante otages. »Contre la complaisance au repentir installée par le régime de Vichy ,Sartre ne démentit jamais son but qui était de faire prendre conscience de leur liberté à ses contemporains. Le théâtre était pour lui un moyen de «libération politique et sociale des opprimés et des autres hommes ».
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III/ La vulgarisation par le théâtre existentialiste
L'existentialisme sartrien est une philosophie que Sartre veut accessible à tous. Il va certes l'aborder de manière philosophique dans des traités ontologiques ou lors de discours, mais il n'omettra pas de toucher un public plus large. Comment va t-il alors procéder ?
Nous verrons donc dans cette partie un outil clé de Sartre, lui ayant permis d'étendre sa doctrine: le théâtre.Effectivement il rédigera un certain nombre de pièces de théâtre dans lesquelles les grands thèmes existentialistes apparaîtront. Le théâtre sensibilisera alors plus de personnes, et ce, de catégories sociales et de niveaux intellectuels divers, ce qui n'était pas toujours le cas par les traités. Cette manière plus pragmatique de présenter l'existentialisme fera connaître sa doctrine à un large public. Cette vulgarisation lui donnera une forme d'efficacité et d'accessibilité.
Sartre lui-même fréquentait les cafés à l'époque, ce qui laisserait supposer qu'il était un homme simple qui aimait le contact, et il est alors possible qu' il ait ainsi supprimé la barrière si présente, séparant les auteurs du public.
Aussi, certains de ses écrits furent rédigés pendant la Seconde Guerre Mondiale. Par exemple, la pièce Les mouches fut jouée pour la première fois en Juin 1943, pendant que la France était en guerre. Cette pièce voulait lutter contre le repentir que l'autorité vichyste voulait mettre dans les esprits. Par sa simple mise en scène, à une période où l' esprit de l'Homme est désorienté, où les pensées sont sans cesse remises en question, Sartre viendra lui, semer encore plus de troubles, abordant les problèmes de liberté, de relation à autrui, mais ses écrits se développeront davantage dans le contexte d'après-guerre.Les pièces écrites par Sartre, gardent un côté très simple et facile d'accès à première vue. C'est ainsi, qu'il initie les gens à sa philosophie. Il utilise un niveau d'écriture accessible, car nous n'y trouvons aucune recherche systématique de grande figure de rhétorique ni une syntaxe audacieuse, enfin, le lexique est plutôt usuel.
Intéressons nous donc à la pièce Huis clos pour montrer un exemple pertinent de la simplicité utilisée pour faire passer sa doctrine. Dans cette oeuvre nous remarquons qu'il n'y pas d'acte, tout est contenu en cinq scènes.
Nous notons également que dans Huis clos, la situation est atemporelle, elle n'est pas définie dans un espace temps précis, et place alors le public dans un monde inexistant, et dès lors, les spectateurs perdront leurs repères. Ils entreront immédiatement dans une première phase de réflexion. Ensuite, les personnages sont au nombre de trois et n'ont pas de liens qui les rattachent.
De même la situation dramatique est simplifiée et minimale. Dans Huis clos , il n'y a pas d'intrigue, aucune fin bien déterminée. Dès le début de la pièce la situation est finie; les personnages sont condamnés à l'enfer du regard d'autrui. Nous pourrions alors nous demander ce qu'espère Sartre en supprimant l'intrigue, intrigue pourtant essentielle dans une oeuvre ? Et bien, c'est ce que Sartre voulait précisément. D'ordinaire l'intrigue est ce qui garde le spectateur en haleine, or là il n'y en a aucune, car aucune intrigue ne peut véritablement lier ces trois personnages en enfer. Mais il ne faudra pourtant pas ennuyer le public. Pour cela, il utilisera alors des répliques simples, percutantes, et pourtant touchantes et n'aura pas recours au lyrisme en de nombreuses fois. Donc, toute cette simplicité permettra au spectateur de se centrer sur la pièce et de réfléchir sur lui-même, sa condition face à autrui.
Enfin, de manière plus extérieure et plus large, Sartre a écrit sa pièce en deux semaines, donc en très peu de temps, et a fait appel à ses amis pour la jouer. De plus, pour éviter un quelconque déséquilibre, il ira jusqu'à leur faire des rôles « sur mesure », afin qu'aucun d'entre eux n'ait de rôle plus important que l'autre.
Tout ceci confère bien une simplicité constamment présente chez l'auteur.[SOMMAIRE] [INTRODUCTION] [THÈMES et CONCEPTS] [ÉCRITURE] [CONCLUSION] [BIBLIOGRAPHIE]
IV)Comparaison : le mythe retravaillé par le théâtre existentialiste.
Pour bien rendre compte de la portée et l'intérêt du théâtre de Sartre et en particulier du retraitement du mythe dans les Mouches ,il apparaît nécessaire de se pencher sur quelques autres pièces du début du vingtième siècle. En effet les mythes antiques furent réécrits à cette époque par divers auteurs. Ces derniers donnèrent un ton nouveau aux tragédies grecques dont ils s'inspirèrent fréquemment.
Ainsi ,Giraudoux écrivit Electre qui renvoie aux mythe des Atrides , également traité par Sartre dans les Mouches , Antigone fut reprise par Anouilh :en en faisant une rapide présentation il importe de trouver quelles sont les analogies et les différences avec l'écriture de Sartre.
1°)Le mythe des Atrides traité par Giraudoux et Sartre.
L'intrigue ressemble dans les grandes lignes à celle des Mouches .Toutefois Electre doit ici épouser un jardinier (ce qu'elle ne fera d'ailleurs pas). De plus ,Giraudoux met en scène deux autres personnages ne figurant pas ailleurs que dans sa pièce :le président du tribunal Théocatoclès et sa femme Agathe. Il convient de se demander en quoi son oeuvre diffère de celle de Sartre et quel est le style propre à chaque auteur en analysant leurs différents procédés.
Giraudoux qualifia lui-même Electre de « tragédie bourgeoise » : ces deux termes qui pourraient sembler antithétiques dans la conception traditionnelle de la tragédie correspondent à la volonté de l'auteur de montrer des personnages et de s'adresser à un public moins élitiste, plus ordinaire que celui habituellement mis en scène dans la tragédie .Sur ce point, il s'apparente donc à Sartre dont l'écriture vise à toucher un plus grand nombre de spectateurs. Toutefois sous prétexte d'écrire pour tous, Giraudoux ne dénigre pour autant pas la culture et les connaissances nécessaires pour apprécier son oeuvre. Il adopte dans Electre un ton burlesque mais le comique ne peut parfaitement se comprendre que par des références culturelles précises . Par exemple, la présence du jardinier de même que celle du couple des Théocatoclès issu de la bourgeoisie est contradictoire aux bienséances de la tragédie. Parallèlement au couple tragique Egisthe/Clytemnestre, le conflit du couple de juges apparaît comme une sorte de copie dérisoire que l'on pourrait assimiler à des disputes de valets des comédies de Marivaux, par exemple. La haine d'Agathe pour son mari préfigure celle que Clytemnestre éprouvera pour son mari à la fin de la pièce.
De plus, il insère ici et là des néologismes comme (par exemple le verbe imminer) ainsi que des jeux de mots. Il n'hésite pas à employer des registres de langue différents. Sur le plan de la syntaxe, on peut relever quelques parallélismes qui, si ils sont corrects grammaticalement, opèrent un décalage de sens certain (comme le montre la réplique du mendiant à Electre : « monter le prix du beurre et faire arriver la guerre. »). Nombre de répliques sont inattendues sans pour autant atténuer le sens tragique de la pièce et c'est bien là la marque de l'intérêt certain du texte de Giraudoux.
Giraudoux traite dans Electre des problèmes de la condition humaine :de l'amour, de la cité, des dieux sans se faire chantre de la liberté. Les procédés littéraires utilisés sont, pour lui, valables autant dans le théâtre écrit et lu que dans le théâtre joué. Alors que pour Sartre, le théâtre est surtout fait pour être joué, Jean Giraudoux est partisan d'une plus grande éloquence.[SOMMAIRE] [INTRODUCTION] [THÈMES et CONCEPTS] [ÉCRITURE] [CONCLUSION] [BIBLIOGRAPHIE]
Le mythe d'Antigone retravaillé.
Après avoir étudié des pièces de théâtre datant de la même époque que celles de Jean Paul Sartre, nous avons noté un style d'écriture tout à fait différent.Nous avons également étudié Antigone de Cocteau et de Anouilh, et nous les avons comparées à l'écriture sartrienne.
Quelles sont donc les différences que nous pouvons observer entre Sartre, Cocteau et Anouilh ?
Tout d'abord, nous notons un travail littéraire qui se dégage des oeuvres. Il y a une véritable recherche d'écriture chez Cocteau comme chez Anouilh, tandis que Sartre semble lui, s'être davantage intéressé au contenu de ses pièces, sans montrer un souci excessif d'une écriture visant des effets esthétiques. Aussi, de nombreuses figures de style se retrouvent à plusieurs reprises dans les « Antigone ». Par exemple, Anouilh utilise beaucoup les métaphores notamment prononcées par le personnage de Créon. Ainsi, le Roi compare le choix d'Antigone à un bateau qui coule, et emploie le champ lexical de la navigation « eau » ; « barque » ; « équipages »,... Nous trouvons également chez Anouilh, des images caractéristiques d'un art poétique « La vie n'est pas ce que tu crois. C'est une eau que les jeunes gens laissent couler sans le savoir, entre leurs doigts ouverts ». Ces deux auteurs vont donc user des procédés littéraires pour mettre en avant l'intrigue de leur oeuvre.
Nous remarquons également chez Anouilh une certaine originalité de langage, car il utilise une sorte de superposition des époques voire des anachronismes. En effet, il est difficile de situer exactement la scène. Nous trouvons dans son « Antigone » des indices temporels qui relèvent d'époques totalement différentes. Anouilh, fait d'une part appel au choeur dans la pièce, choeur employé cependant davantage à l'époque de Sophocle, et il y inclut des gardes, des princes et des rois, mais d'autre part, les personnages ont des occupations appartenant à une époque contemporaine, comme celles de « dépenser de l'argent dans les bars » ou encore d' « aller plus vite que les autres avec les voitures ».
Du point de vue de la complexité de l'action, ,nous notons que dans les deux pièces étudiées, il n'y a pas d'acte, pas de scène, ce qui confère une particularité pour une pièce de théâtre. De plus, nous avions vu précédemment la présence du choeur chez Cocteau et chez Anouilh, et nous remarquons que les deux choeurs, traceront une sorte de morale aux pièces, contrairement au théâtre de Sartre qui ne dégage aucune morale arrêtée. D'autre part, les choeurs auront un rôle particulier, ne figurant pas comme de vrais personnages, sinon comme des conseillers qui ne chercheront qu'à obtenir un dénouement moins tragique, mais ce, en vain.
Enfin, contrairement à Huis clos de Jean Paul Sartre, dans ces pièces de théâtre, la psychologie des personnages se dégage plus nettement et il est alors facile de caractériser chacun d'entre eux. Effectivement, Créon sera perçu comme un homme qui veut paraître puissant, et qui est fortement attaché au respect des rangs sociaux. Il craint également l'anarchie, c'est pour cela qu'il refusera de pardonner à Antigone. Ce personnage exprimerait peut-être le problème de domination sur autrui, la liberté qui s'efface sous le pouvoir et l'argent. Aussi, Antigone est la femme attachée au respect, mais cette fois-ci au respect des morts. Ce personnage ne craint pas la mort avant ses actes, mais de manière discrète nous remarquons qu'Anouilh a quand même montré le regret d'Antigone qui s'interroge sur son acte comme si la responsabilité était dure à accepter. Enfin, même la psychologie des personnages secondaires est tracée, celle des gardes, d'Ismène ou encore d'Hémon, qui apparaît comme l'homme aimant et passionné qui renonce à la vie sans celle qu'il aime. (Anouilh)Finalement, nous voyons que le traitement des pièces de théâtre diffère d'un auteur à un autre. Chez certains le contenu et plus travaillé, chez d'autres toute l'intrigue repose sur l'écriture. Sartre apparaît ici comme l'auteur qui se donne comme but prioritaire de transmettre une doctrine sous forme de mise en scène, dans un langage clair et efficace. Mais Sartre, n'est-il réellement que le philosophe qui a voulu prendre la plume littéraire pour exprimer des idées philosophiques ? ou n'y a t-il pas derrière cette forme d'écriture plutôt minimale, une caractéristique et un style pas si usuel que cela ?
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V/ Les qualités du théâtre sartrien d'un point de vue littéraire
Ainsi, le théâtre de Sartre ne semble pas très intéressant du point de vue littéraire. Il fait même « pâle figure » en comparaison de ses contemporains, Giraudoux, Cocteau Cependant, ne le rayons pas tout de suite de notre bibliothèque: il possède en lui quelque chose de particulier et d'original, même si cette originalité n'apparaît pas tout de suite, comme chez Anouilh, pour ne citer que lui. Mais pour comprendre et apprécier le style de Sartre, une étape s'impose : l'étude de sa conception du théâtre.
Pour commencer, Sartre affectionnait tout particulièrement la tragédie antique. Ce qui lui plaisait était le caractère solennel et religieux qu'elle revêtait. Une petite anecdote nous aidera à mieux comprendre cela : alors qu'il jouait une pièce pour des prisonniers lors de la guerre, notre homme s'adressait à ses camarades à propos de leur situation, de leur condition en tant que prisonniers. Or, il remarqua ô combien les hommes à qui il s'adressait étaient « silencieux et attentifs » (Un théâtre de situations). De là, il prit conscience de ce que le théâtre devait alors être : « un grand phénomène religieux complexe » (ibid.). Voilà donc le lien fait entre le théâtre de Sartre et la tragédie antique : quelque chose de sacré. Notons que Sartre n'avait pas de grande expérience de dramaturge et que sa conception -est-il encore besoin de le rappeler ?- n'était pas théorique et livresque mais purement pragmatique. Il tentait de faire passer dans ses pièces ce qu'il sentait. Il s'agit ici de ce caractère solennel : on ne va pas voir Sartre comme les enfants vont voir Guignol ! Cet aspect explique l'utilisation de la mise en situation. Sartre voulait un public, non pas composé d'individus de statuts sociaux différents, de préoccupations différentes mais un public qui soit « un » devant la majesté du spectacle.
Mais attention : vouloir un théâtre « religieux », « sacré » ne signifie pas que ce soit un théâtre de symboles. Le symbole et à un niveau plus élevé la parabole- consiste à saisir une réalité qui n'est pas directement saisie. Pour Sartre, le théâtre de symboles fait passer le sens premier au second plan, voire au delà ! L'histoire présentée n'est qu'un « véhicule ». Or, Sartre se refuse à un théâtre de symboles. Il se réclame d'un théâtre de mythes. En effet, dans La Putain Respectueuse, l'histoire de la jeune femme qui décide de cacher l'esclave noir en cavale est avant tout l'histoire de cette jeune femme là: son «expérience tragique se suffit à elle même » (ibid.). En revanche, cette histoire peut être portée au rang de « mythe » dans le sens où elle incarne toutes le situations où l'on doit faire un choix dont les actes ont des répercussions sur soi et sur Autrui. Et ce que Sartre veut montrer au public, ce sont les grands mythes de la mort, de l'amour, etc.Ce qu'il est donc bon d'interroger, c'est comment Sartre a tenté et s'il a réussi- de concilier un théâtre aussi sérieux et « grave » de sens et théâtre accessible à l'homme d'affaires comme au « français moyen », et surtout susceptible de les intéresser tous deux. Tout d'abord, Sartre refusait ce que nous pourrions appeler « un théâtre de proximité », c'est-à-dire un théâtre où les spectateurs sont susceptibles d'interférer avec les acteurs. Il ne doit pas y avoir d'interactions avec le public, contrairement à un certain type de théâtre où les acteurs allaient jusqu'à s'adresser directement aux spectateurs, et où ils étaient physiquement proches des mêmes spectateurs.
Comme nous l'avons vu précédemment, une autre des solutions se trouve dans la mise en situation. Un autre élément important à prendre en compte et qui recoupe la mise en situation est le schéma dramatique. Pour Sartre, le théâtre est le lieu des conflits de droits : chaque personnage a pour lui-même raison, et tous les moyens sont alors bons pour atteindre son but. Chacun trouve que ses actes sont pleinement légitimes. Or ce qui se passe est que bien souvent, ceux à qui on a donné tort ont raison, ou, du moins, sont mieux compris. Ainsi, dans Huis clos, certains peuvent au début donner raison à Garcin qui semble le plus raisonnable des trois personnages. Ce n'est qu'une fois l'action bien engagée que le lecteur découvre en lui le mari ignoble. De ses retournements naît un intérêt certain.
Ensuite, et nous arrivons au point le plus intéressant de notre étude, il s'agit pour Sartre de créer un langage dramatique qui s'adresse aux spectateurs à propos de ces « conflits de droits » mais qui en plus permette cette distance avec le public que nous venons d'évoquer. Ainsi, pour compenser une petite distance spatiale - car les salles de théâtre ne permettent pas toujours de réaliser cette distance -, il faut une distance dans le style même. Evidemment, il ne faut absolument pas utiliser des mots non usuels, puisque le théâtre s'adresse avant tout à « un » public. Le style de dialogue, bien qu'étant composé des mots de la langue de tous les jours, se distingue du ton négligé de la vie de tous les jours. Ce qui apparaît à première vue chez Sartre comme une sorte de « degré zéro » de l'écriture est en fait le signe d'un souci de compréhension. Pour Sartre, il convient d'éviter « la poésie de réplique » (discours à effet, digressions ) qu'il considère comme des « bavardages inutiles » (ibid.). La langue doit être concise et faire preuve d'une économie de mots. La critique de la sécheresse de style de Sartre doit alors être revue, du moins, nuancée dans la mesure où elle est pleinement voulue et qu'elle s'inscrit dans la perspective du public.
De plus, chaque mot est pour lui un acte : le mot est une « manière d'agir ». il ne doit pas renvoyer à ce que pense le personnage mais doit être une marque d'engagement. Il doit être « ou serment ou défense ou engagement ou refus ou jugement moral ou défense des droits des autres [ ] »(ibid.). Il s'agit alors de ne pas délayer, mais de trouver le mot juste. Les phrases doivent contenir une sorte de « tension intérieure » (ibid.). Ensuite, puisqu'il est associé à l'acte, le mot aussi être associé au geste. Un ne va pas sans l'autre. Ainsi, pour répondre aux détracteurs de Sartre qui affirment qu'il s'agit d'un théâtre plus à lire qu'à jouer et qui critiquent alors l'écriture, c'est qu'ils n'ont pas compris que le théâtre de Sartre doit avant tout être joué. Il présente de nombreuses ellipses et ce n'est que par le jeu que l'on peut accéder à tout le sens contenu dans ses pièces : « il doit toujours manquer dans un texte une partie qui exprimerait totalement la pensée de l'acteur, celle-ci doit être exprimée par les gestes » - rappelons encore une fois que le mot engage mais n'a pas pour vocation première d'éclairer le spectateur sur la psychologie du personnage. Si toutes ces règles sont respectées, une dernière alors doit en découler : le langage doit être irréversible. Autrement dit, chaque phrase doit être pleine de sens si bien qu'on ne puisse la placer ailleurs dans la pièce. Il ne s'agit pas d'utiliser des phrases creuses et « repositionnables », mais bien à la bonne phrase au bon moment. Voilà pour ce qui est du style. Reste alors la performance de l'acteur, mais ceci ne nous regarde plus.Pour conclure, nous espérons vous avoir convaincu que, malgré les nombreux griefs qu'il a reçus du point de vue littéraire, le théâtre de Sartre est très intéressant à ce niveau, à la fois dans la conception même qu'il avait du théâtre, et dans la façon d'écrire qui en découle. Certes Sartre n'est pas Anouilh, mais Anouilh est lui même loin d'être Sartre
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Nous arrivons à la fin de notre étude. Dressons donc un bilan. Sartre est donc avant tout un philosophe. Son théâtre est avant tout étudié pour l'aspect philosophique. Il est en effet une voie d'accès à une doctrine qui peut rebuter. Nous y retrouvons tous les aspects de l'existentialisme athée Jupiter n'a aucune emprise sur Oreste. De plus, comme le thème de la liberté est au centre de la philosophie sartrienne et que cette liberté ne peut se révéler qu'en situation pour Sartre, notons que la forme et le fond coïncident à la perfection. Effectivement, ce thème de la liberté est mis en situation, comme nous l'avons vu précédemment. Du coup, l'aspect littéraire prend une place très importante puisqu'il devient indissociable de la philosophie. Et c'est cette originalité que nous avons voulu montrer dans notre étude. Contrairement aux idées reçues, le théâtre de Sartre présente bel et bien un aspect littéraire non négligeable. Si son style paraît sec, c'est qu'il est une nécessité littéraire et philosophique. Pour démontrer cela, nous avons aussi comparé son style avec celui d'autres auteurs de la même époque. Il s'est avéré qu' a priori Sartre n'était pas le surdoué des figures de style et de l'embellissement. En fait, plus que le simple style, c'est sa conception même du théâtre qui est novatrice. Il rompt avec le théâtre antique alors qu'il se sert d'un de ses mythes attitude paradoxale et tellement osée !- ainsi qu'avec le théâtre de caractères, tant prisé à l'époque. Il n'y a pas de doute, Sartre est à contre-courant, il choque et n'est pas très apprécié du moins à ses débuts. Mais qu'importe : Sartre avance, évolue, fait son chemin. Il n'hésite pas à changer de position sur certaines opinions. Bernard-Henry LEVY voit en cela une « philosophie par ruptures », qui évolue sans réellement se contredire. Sartre ne voyait au début l'homme qu'en tant qu'individu, seul dans ce monde dans lequel il doit se réaliser. Après son expérience durant la guerre du « groupe » -d'où sa sympathie pour les communistes, il nuancera largement son ancien jugement, n'en déplaise à ceux qui ne voient alors plus en lui qu' une « girouette ». Car c'est aussi cela l'existentialisme : rien n'est défini d'avance, ce qui importe c'est de faire des choix, prendre des décisions et les assumer totalement.
Pour finir, nous pensons que Sartre a eu l'importance de Voltaire au XVIIIème siècle . Voltaire était écrivain et philosophe ; Sartre, écrivain et philosophe, doublé d'un dramaturge au style qui dérange.
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Huis clos, édition Folio Classique
Les Mouches, édition Folio Classique
Les Mains sales, édition Folio Classique
Ces trois oeuvres ont été nos oeuvres de base pour le dossier.Antigone de Jean Anouilh, édition la Table Ronde
Antigone de Jean Cocteau, édition Folio
Adaptations agréables d'un mythe antique.Les écrits de Sartre, éditions Gallimard
Explication claire des concepts existentialistes reliés à la biographie de Jean-Paul Sartre.Sartre de Francis Jeanson, éditions du seuil/écrivains de toujours
L'Etre et le Néant, éditions Gallimard
åuvre clé de Sartre qui expose sa théorie.Sartre et l'existentialisme, d'André Guigot, essentiels Milan
Petit livre aussi agréable qu'utile, qui rend plus abordable la doctrine de Sartre.
Magazines :
Magazines littéraire
Ø Avril 1994
Un numéro consacré à l'existentialisme.
Ø Février 2000
Un numéro sur Sartre dont nous avons tiré les illustrations présentées dans le dossier.XXème siècle : Histoire & Image
Vidéo d'environ une heure, pas très utile pour le sujet, mais une mine de petites anecdotes.Sites internet :
http://perso.infonie.fr/mper/auteurs/Sartre.html
http://perso.club-internet.fr/cartlany.Sartre.htm
http://www.cyberphilo.com
http://www.cvm.qc.co/colin/conception/existentielle.htm
http://www.encyclo.wanadoo.fr
http://www.philagora.netEnsemble de sites généralistes comprenant de nombreuses biographies de Sartre.
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